Archive pour la catégorie 'Souvenirs d’enfance'

Petits souvenirs d’enfant

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Je vois passer dans ma mémoire, comme des ombres fugitives, tous ceux qui ont entouré la petite Dée…

Images :

Un jour, je suis dans la cuisine ; je veux repasser comme je vois la bonne le faire. On refuse. J’insiste. On me confie un fer à repasser et je brûle tout le devant d’un joli tablier…

Un autre jour, je me promène sur le quai Henri IV avec Maman. Maman s’assied près d’une dame et moi, je joue avec Josette. Nous nous racontons beaucoup de choses, il me semble. Avec des morceaux de craie, nous dessinons des dessins merveilleux sur le mur d’une caserne. Ces dessins, ces arabesques, ont une signification admirable dont j’ai aujourd’hui perdu le secret, mais je sais qu’à l’époque ils étaient pleins de mystères. Il y a, près de là, un grand tas de sable : assise dessus, Josette et moi ! Josette ! Je me figurais que son nom venait de ce qu’elle portait des chaussettes ! Nous faisons des pâtés. Quelle occupation absorbante ! Et que de choses extraordinaires l’on découvre en faisant des pâtés ! Josette fut ma première petite camarade. Pendant des mois, elle fut la moitié de ma vie. Je n’eus plus jamais de ses nouvelles après avoir quitté Paris.

Autre tableau : je suis avec ma bonne ; elle me raconte des histoires tout à fait étranges ; elle me parle d’un certain Jésus qui est mort et a souffert pour nous. Je ne veux pas la croire ; je lui dis que ce n’est pas vrai. Alors, elle me montre un crucifix… je n’ai plus envie de douter et j’ai peur… Je crois que j’ai pleuré.

Publié dans:Souvenirs d'enfance |on 21 janvier, 2009 |Pas de commentaires »

Octobre 1918

Nous nous sommes mesurés ce matin et voici le résultat de cette opération :

  • Loulou   1m09 (7 ans au mois de décembre)
  • Douty    1m32 (8 ans au mois de mars)
  • Marguerite         1m41 (12 ans du 7 octobre)
  • Germaine          1m56 (13 ans au mois de mars)
  • Andrée   1m65 (16 ans au mois de mars)

Loulou n’a pas encore fait ses baluchons pour retourner à Douai, mais il s’y prépare.

Je viens de lui dire :

-Tu ne les as pas faits, n’est-ce pas Loulou ? mais tu médites sur ce que tu vas emporter ?

-Je « t’ai dite » ? Non, je t’l’ai pas dite.

-Si, tu « médites »

-J’t’ai rien dite

-J’t’l’ai dite : que mademoiselle Andrée, vous êtes une sotte !

Je trouve que le jeune homme s’émancipe.

Publié dans:Souvenirs d'enfance |on 31 décembre, 1918 |Pas de commentaires »

Mai 1917 : promenade à la cressonnière de Becdal

Hier après-midi, nous sommes allées à la cressonnière de Becdal avec Mlle Emilie, madame Sonneville, Roger et Suzanne. Nous sommes descendus par un sentier en pente au milieu du bois, nous avons fait le tour de la source et, au bout de quelques temps, nous nous sommes assis auprès du ruisseau pour goûter. Il faisait si chaud, et l’eau était si appétissante, que nous en avons bu dans le creux de notre main. En passant près de la cressonnière où il y avait des femmes en train d’arranger leur cresson, Pierrot a attrapé une touffe de cresson avec son bâton.

-Ah ! mais ! cria l’une des femmes en fureur, (je crois bien qu’elle avait bu car les autres se tinrent tranquilles) ça ne se passera pas comme çà, vous allez voir, espèces de propres à rien, de chenapans, de vagabonds. Je m’en vas vous faire un procès verbal ed’trois sous ! M’arracher mon cresson ! ça ne pense à rien !

Et, elle nous en a défilés sur ce ton tant qu’elle nous a vus.

Publié dans:Pierrot, Souvenirs d'enfance |on 26 décembre, 1917 |Pas de commentaires »

Jeudi 4 janvier 1917

Le jour de Noël, je suis allée aux vêpres qui ont duré très longtemps .

Lundi fut 1er jour de l’année 1917. Nous avons été à la messe de 8h et, en revenant, nous avons trouvé nos jouets dans la salle à manger : un croquet pour Germaine, Marguerite et moi ; un train mécanique pour Pierrot et deux charrettes avec un âne pour Douty et Loulou. Déjà le matin nous avions eu chacun un sac de chocolat et 2frs de Bonne-Maman, un gros sac de pâtes de fruit de ma tante Léa, et notre abonnement à « Suzette » de ma tante Louise. Papa nous a donné 1fr. j’oublie de dire que mon oncle Jules est venu dîner ici samedi et nous a donné aussi 1fr.

Nous avons pu aller aux tranchées avec Henry Devaux (cousin d’Andrée en permission à Louviers). Nous avons vu les abris des soldats et nous avons sauté partout par-dessus les planches et les trous qui leur servent à s’abriter des obus.

 

 

Publié dans:Souvenirs d'enfance |on 23 décembre, 1917 |Pas de commentaires »

Avril 1917 : Andrée apprend à monter à bicyclette

Raymonde Cottard m’a prêté sa bicyclette. Nous nous sommes promenées dans les quatre rues de la Poste de l’Ile, de la Laiterie et rue Trinité. Je ne savais presque plus y aller et, pour commencer, il a fallu me réapprendre. Nous nous sommes encore exercées hier et maintenant je vais très bien à bicyclette. Je sais monter, marcher lentement ou vite, tourner et descendre toute seule, et je ne suis pas encore tombée une seule fois ! Il est vrai qu’il ne faut pas encore désespérer ! Je voudrais très bien savoir y monter pour aller me promener avec Mlle Emilie cet été.

Publié dans:Souvenirs d'enfance |on 20 décembre, 1917 |Pas de commentaires »

Avril 1917

Il nous est arrivé une aventure assez drôle avec une couveuse. Cette bête voulait couver dans une caisse au-dessus de la cage aux lapins. Nous l’installons donc ; mais une autre poule pondait dans la même caisse, ce qui fait qu’au bout de 15 jours, le nombre des œufs avait monté de 12 à 24 ! A ce moment, la couveuse a abandonné son nid, mais l’autre poule y est venue pour pondre et tante Louise, la prenant pour celle qui était partie, l’a enfermée dans la caisse où elle est restée pendant un jour entier. Elle s’est sauvée quand Louise (la bonne) lui a ouvert et, depuis ce temps, il n’y a plus rien eu sur les œufs, et l’on a été obligé de les jeter. Les autres poussins sont très jolis et grossissent beaucoup. j’en ai choisi un que j’appellerai Myggy si c’est un coq et Magga si c’est une poule.

Publié dans:Souvenirs d'enfance |on 12 décembre, 1917 |Pas de commentaires »

Août 1917 – Partie de cache-cache

Après avoir parlé de notre comédie, samedi, nous avons joué à cache-cache dans la maison. Douty et Loulou consentirent à s’y coller, moyennant du chocolat et des gâteaux. A la première partie, les autres s’étaient nichés dans divers coins. Paul et moi, nous étions montés au second, dans un petit cabinet et nous nous étions fourrés dans une espèce de coffre, avec un couvercle rabattu sur nous. Il y faisait heureusement très sombre, sans cela, la vue des toiles d’araignées et des poussières nous aurait sans doute empêchés d’entrer. Douty et Loulou ont eu beaucoup de mal à nous trouver. Ils ont fini par découvrir les autres, à force de chercher, mais ils n’auraient pas eu l’idée d’ouvrir le coffre si je n’avais pas eu l’imprudence de sortir de ma cachette, ce qui nous a fait trouver.

Nous avons fait encore une autre partie, et c’est encore Douty et Loulou qui y étaient. Quand à moi, je devais cacher les autres. J’avais mis Pierrot sur le balcon, Marguerite au milieu d’habits, dans une armoire dont Germaine occupait le haut et, enfin, Paul dans une malle, fermée, bouclée, enveloppée d’une housse et recouverte de paquets ! Naturellement, les petits ne l’ont pas trouvé et, lorsque les autres ont été découverts, ils se sont mis à sa recherche et n’ont rien vu non plus ; mais madame Gellé ayant appelé Paul, j’ai été obligé de le faire sortir. Mais cela avait été fort amusant.

Publié dans:Souvenirs d'enfance |on 28 août, 1917 |Pas de commentaires »

8 août 1917 – On joue au théâtre

Samedi dernier, visite de Paul Gellé. Nous préparons avec lui une comédie épatante qui sera jouée dans toutes les règles : tout est bien qui finit bien. Il est décidé que nous la soignerons tout à fait pour la jouer très bien et devant beaucoup de spectateurs que nous inviterons pour qu’ils jugent nos talents.

J’y représente une madame Grichard, vieille dame maniaque et grognon, absolument le portrait de madame Mouchard. Germaine est ma cousine, jeune fille de 15 à 16 ans qui vient me tenir compagnie et me lire le feuilleton. Paul est le frère de Germaine. Marguerite est ma bonne et Pierrot est le frère de Marguerite, mon domestique. Je crois que chacun à bien un rôle approprié à ses talents, mais il nous faudra faire beaucoup de répétitions, et de très soignées, car les gestes sont assez compliqués. Du reste, nous ne sommes pas pressés car nous ne devons représenter cette comédie que vers le 15 septembre, quand Paulette sera ici.

Publié dans:Souvenirs d'enfance |on 28 août, 1917 |Pas de commentaires »

Juillet 1917

Maman a loué une bicyclette et nous avons été nous promener sur le chemin de Pinterville, les autres à pied, et moi les suivants à bécane. Cela m’a permis de m’exercer à passer au milieu des piétons et des voitures sans me faire écraser et sans écraser les autres. Cela n’a pas été trop mal, mais pour être juste, il faut avouer que j’ai ramassé un fameux bouchon en voulant descendre alors que ma machine était lancée très fortement. On prétend que c’est le métier qui rentre ainsi !… Maman ne voulait plus que je remonte à bicyclette, parce que j’avais déchiré ma robe et troué mon bas

Publié dans:Souvenirs d'enfance |on 24 juillet, 1917 |Pas de commentaires »

26 juillet 1917

Depuis quelques temps, nous avions projeté de jouer une comédie qui avait pour titre : les tribulations de mademoiselle Estelle. Nous avons passé la journée de mercredi en préparatifs, répétitions, arrangements des costumes etc. Il a fallu copier nos rôles pour les apprendre par cœur. Enfin, cela nous a donné beaucoup de mal. Après bien des débats et même quelques disputes, chacun a été pourvu d’un rôle approprié à ses talents. J’étais une vieille fille de 40 ans désirant me marier. Au premier acte, j’attends des prétendus qu’une de mes cousines m’envoie, et j’annonce à Anénaïde, ma bonne, que si les prétendus me trouvent à leur gré ils oublieront leur parapluie chez moi. Au 2ème acte, je constate avec désespoir qu’aucun parapluie n’a été oublié. Cependant, un monsieur sonne, mais ce n’est pas un prétendu. C’est un employé de l’état civil, Germaine, qui vient me demander mes noms, qualités, profession et âge. Je refuse absolument de répondre à cette dernière question. L’employé me dit qu’il va m’inscrire comme étant née en 1830. Alors je me mets en colère, disant qu’il me vieillit de 24 ans. C’est donc que je suis née en 1854. Je me suis trahie moi-même. Au 3ème acte, j’ai enfin trouvé un époux et l’on procède à mon mariage avec monsieur Florimond Bellejambe, autrement dit Pierrot. Simone Auvray était le maire et Marguerite un huissier. Douty avec Suzanne, Roger avec Loulou représentaient les jeunes gens de la noce. C’est cette œuvre dramatique que nous nous sommes escrimés à représenter convenablement, non seulement mercredi, mais aussi ce matin. J’ai envoyé des invitations à toute la maison, même à Hermande et à Paul Gellé, pour venir demain à 2h ½ à la représentation solennelle. Nous verrons comment cela marchera.

Publié dans:Souvenirs d'enfance |on 12 juillet, 1917 |Pas de commentaires »

1917

Je crois que Mlle Emile est un peu vexée parce que Maman lui a dit que je trouvais bête de broder (Maman a lu ce que j’avais écrit sur mon journal) Elle avait l’air un peu mécontente cet après-midi. Je regrette bien de l’avoir fâchée, mais naturellement je n’irais pas lui dire que c’est bête de broder quand elle ne fait que cela toute la journée.

Aussi, pourquoi Maman a-t-elle été lui dire ?

Il y a des ouvrages de broderie très beaux, certainement, mais je trouve qu’il y a des arts beaucoup plus beaux encore que la broderie. Enfin, chacun son goût. Quand j’aurai 20 ans, je penserai peut-être comme elle, après tout.

Dimanche dernier, j’ai passé mon après-midi dans la lecture de « Poum ». Ce petit bouquin est très drôle et assez intéressant.

 

Mardi matin, Maman m’a envoyée dans toutes les épiceries de Louviers à la recherche de vieux bocaux à bonbons pour y mettre des cornichons confits. J’y suis allée à bicyclette. J’ai suivi toute la rue du faubourg Saint Germain, la rue St Hildevert, j’ai traversé Incarville et je suis enfin arrivée au Vaudreuil. Là, j’ai demandé à une vieille femme où j’étais, car je l’ignorais tout à fait. Elle m’a renseignée, et je suis revenue par la route de St Pierre du Vauvray en m’arrêtant le long du chemin à toutes les épiceries.

Cette promenade-là est très jolie, et je serais allée bien plus loin encore, si la considération de l’heure ne m’avait pas arrêtée.

 

Publié dans:Souvenirs d'enfance |on 11 juillet, 1917 |Pas de commentaires »

Novembre 1916

Comme il pleuvait, nous avons été chez madame Bastide qui est une tante de Geneviève. Nous avons joué aux Bêtes et à la famille Gringoire.

Pour jouer aux Bêtes, il faut un jeu de cartes ordinaire : chaque joueur prend un nom de Bête et on distribue les cartes une à une en mettant les cartes à l’endroit. Quand deux joueurs ont la même carte, ils doivent s’appeler par leur nom et celui qui le premier crie le nom de l’autre, ramasse toutes ses cartes.

Ainsi Geneviève s’appelait singe, Marguerite se disait cacatoès, Germaine éléphant et moi ours.

Marguerite a eu un 10, et moi aussi. Aussitôt j’ai crié : « cacatoès ! » et comme Marguerite n’a pas crié : « ours ! » assez vite, alors j’ai pris toutes ses cartes. Ce jeu est très amusant, surtout lorsqu’on va très vite. Quand à la famille Gringoire, c’est un peu dans le genre des sept familles.

Publié dans:Souvenirs d'enfance |on 22 décembre, 1916 |Pas de commentaires »

Novembre 1916

Il pleut souvent en ce moment. Ainsi, jeudi dernier, les petites Auvray sont venues ici. Nous avons joué un peu à la poupée, puis aux charades. Nous aimons bien jouer aux charades. Par exemple, ce jour-là, le mot était « empereur ». Mon premier, c’était la première année ; mon second, c’était un champ de bataille avec des blessés qui voulaient un peu d’eau ; mon troisième, c’était un wagon de chemin de fer avec les voyageurs et un petit bébé auquel sa nourrice apprenait à parler : ra, re, reur, arra, ra. Enfin, on a fait : empereur avec le couronnement de l’empereur Napoléon et de l’impératrice Joséphine.

Publié dans:Souvenirs d'enfance |on 21 décembre, 1916 |Pas de commentaires »

1916

En ce moment, nous arrangeons une comédie pour la jouer un jeudi à la maison. Un autre jour avec Geneviève  (camarade de classe), nous avons joué : la mort et les funérailles de François-Joseph, ce qui était bien drôle.

Sinon, lorsqu’il fait mauvais temps, je brode. Je suis en train de me remettre à faire de la dentelle aux fuseaux, maintenant que j’ai fini un mouchoir brodé pour Bonne-Maman.

Ma tante Louise et papa sont retournés à Paris où ils sont allés pour l’enterrement d’une arrière-grand-tante. Ils ont rapporté de la viande frigorifiée des halles. Nous en avons déjà mangé et c’est vraiment la même chose que la viande de boucherie.

 

Publié dans:Souvenirs d'enfance |on 20 décembre, 1916 |Pas de commentaires »

Construire des cabanes et rêver

Lorsque nous restions à la maison, nos principaux divertissements étaient le jeu de grimper aux arbres et le jeu des cabanes.

Par une chance extraordinaire, il y avait dans le jardin un grand nombre d’arbres sur lesquels on pouvait facilement se hisser, et j’en profitais pour me jucher confortablement sur leurs branches les plus solides et pour rêver, entre ciel et terre, au milieu de la verdure. Il était quelquefois plus facile de monter que de descendre et je me souviens d’un jour où, grimpant pour la première fois sur un lilas voisin du mur de la rue, je réussis à poser un pied au sommet de ce même mur. Hélas, lorsque je voulus quitter mon piédestal pour regagner la terre ferme, je fus prise d’un tel vertige que je n’osai pas tenter la descente ! Heureusement, une voisine, madame Petitot, femme de l’inspecteur primaire, passa dans la rue à ce moment. Sur une prière, elle alla avertir papa de ma fâcheuse position et ce dernier ne tarda pas à venir à mon aide. Cette mésaventure ne guérit pas ma passion. Je continuai à grimper aux arbres.

Quant aux cabanes, c’était un jeu importé de Coutances qui fit fureur jusqu’en 1916 ou 17. Cabanes de caisses et de planches adossées contre un arbres et recouvertes de terre battue ou de feuilles mortes suivant la saison ; cabanes de branchages, tenant par miracle, cabanes où nous passions des journées entières, faisant le lessive, la cuisine, le ménage et y soignions nos poupées. Combien le jardin en vit-il, depuis notre arrivée ? Il y en eut de toutes les formes, de tous les genres, de toutes les tailles.  Il y en eut qui vécurent plusieurs mois, il y en eut qui furent aussi éphémères que le caprice auquel elles devaient voir le jour, il y en eut une qui fut brutalement démolie à coups de pied par Maman, parce que nous y avions déchiré nos tabliers. Mais toutes furent pour nous un semblant de foyer où nous faisions semblant d’être des marquises ou des paysannes en sabots. Je crois qu’il est impossible de s’amuser davantage que nous le fîmes avec d’humbles morceaux de bois, aussi je remercie de grand cœur les « cabanes ».

Publié dans:Souvenirs d'enfance |on 11 novembre, 1913 |Pas de commentaires »

Louviers : la chambre des enfants

S’il pleuvait, nous restions à la maison et nous jouions à la poupée. Nous avions beaucoup de jouets et ceux-ci étaient installés dans une pièce réservée à notre usage, située au premier étage, au-dessus de la petite salle à manger. La « chambre aux jouets ». Là, se voyaient un lit de poupée et deux berceaux, deux petites tables, quatre petits fauteuils, deux lavabos, une cuisinière, une armoire et des ustensiles de cuisine. Il y avait de plus des quantités de bibelots. Les divers objets appartenaient soit à Germaine soit à moi. Quant aux fauteuils, l’un d’eux, un joli bleu, était le mien ; un autre en bois verni, noir, appartenait à Germaine ; celui de Pierrot était plus petit, en osier, rouge ; enfin, Douty avait le plus joli des quatre, une chaise basse en bois, mat, de genre ancien.

Nous disposions tout cela de façon variable. De temps en temps, nous faisions un grand déménagement et nous changions de fond en comble l’ordre de nos petits meubles. Le plus souvent, Germaine avait son « coin », arrangé à son idée et j’avais le mien à l’autre extrémité de la pièce. Nous avions chacune une chambre et une salle à manger ; la cuisine était commune et se tenait dans le fond d’une vaste armoire où nous installions la petite cuisinière. Tous ces arrangements nous distrayaient beaucoup. Nous avions beaucoup de poupées. Mes filles à moi étaient au nombre de quatre ou cinq. Il y avait Alice, une grande poupée de la taille d’une enfant de 2 ou 3 ans, présent de tante Louise (cette poupée était d’ailleurs une des siennes), elle était brune, très jolie (je pensais qu’elle ressemblait à Marthe Launes, ma copine de classe) et elle possédait un trousseau très complet, augmenté de quelques affaires à nous. Puis Blondine, un bébé jumeau de taille moyenne, ma préférée, je ne sais pourquoi, qui possédait aussi pas mal d’effets dans son armoire. Puis Léontine, une grosse poupée joufflue, un peu plus petite qu’Alice, pourtant, et qui m’avait été offerte lorsque j’étais à Paris. Celle-là était tantôt très choyée, tantôt complètement délaissée. Pour finir, je crois que je la donnai à Germaine. Puis, aussi, il y avait Marguerite, petite poupée aux cheveux châtains et aux yeux bleus, donnée par papa lors de mon empoisonnement au calomel. Dans ses beaux jours, cette poupée disait papa et Maman lorsqu’on tirait certains cordons ; plus tard, elle ne le dit plus, mais je continuai à l’aimer quand même. Enfin, je ne dois pas oublier Bluette, la petite poupée de « journal de Suzette » pour laquelle Maman m’avait fait un joli trousseau. Un peu plus tard, je voulus lui faire des robes à mon tour, et je lui en fis, en effet, d’assez mal combinées d’ailleurs.

Publié dans:Souvenirs d'enfance |on 10 novembre, 1913 |Pas de commentaires »

1912 : L’installation dans la maison de Louviers

Cet événement eut lieu au mois de janvier 1912[1]. Je me souviens assez exactement du voyage de Douai à Rouen, de la traversée de Rouen que nous voyions pour la première fois, et du trajet de Rouen à Louviers. Je me souviens de la petite gare tranquille lorsqu’elle m’apparut pour la première fois. Puis nous traversâmes une partie de la ville pour aller à la maison. Je me rappelle de notre entrée dans le jardin (il pleuvait, je pense), puis dans la véranda, de laquelle on entrait dans le vestibule humide et froid, puis la visite des chambres.

Papa était déjà à Louviers depuis plusieurs jours, ainsi notre habitation se trouvait déjà presque installée. Notre nouvelle existence s’organisa rapidement.


 

 

[1] Andrée a neuf ans

Publié dans:Souvenirs d'enfance |on 21 décembre, 1912 |Pas de commentaires »

La maison de Louviers

Nous étions huit habitants dans la maison : mon père, ma mère, ma sœur, mes deux frères, Louise la bonne, Hélène, une autre jeune bonne, fille d’un chef de gare ramenée de Coutances, et moi. Une femme de ménage venait tous les matins aider aux travaux de l’intérieur. Une lessiveuse, madame Morel, la mère Morel, venait également, mais seulement une fois par semaine pour laver le linge. Enfin un brave homme de jardinier, le père Marie, fut appelé à donner ses soins au jardin pendant l’été.

Je dois compter aussi comme faisant partie de la maison, les employés du bureau de Papa. Il y avait d’abord monsieur Gavault qui nous avait suivi de Coutances, puis Carpentier, beau jeune homme brun qui est allé à la guerre et qui écrit encore à papa, puis Gélis, un gentil blond qui, son service militaire terminé, est revenu travailler ici. Il y avait aussi le caissier, monsieur X, bon père de famille qui a malheureusement été tué au début de la guerre.

Peut-être y avait-il encore d’autres employés, mais je ne m’en souviens plus. Ceux-ci riaient et jouaient souvent avec nous. Lorsque nos ballons restaient perchés dans les arbres du jardin, nous avions recours à l’obligeance de Carpentier que nous préférions à tous les autres. Enfin, dans mille occasions nous avions affaire aux « employés ». C’est pourquoi, je trouve utile de les mentionner ici.

Notre nouveau domaine comprenait, outre la maison, très vaste et assez bien disposée, quoique assez mal entretenue, une petite cour et un grand jardin où il y avait beaucoup d’arbres, de très beaux arbres, et beaucoup d’herbes. Ni légumes ni fleurs, seulement quelques poiriers et quatre groseilliers en fait d’espèces productives.

Au fond du jardin était une vieille baraque, certainement habitée autrefois, mais dont le rez-de-chaussée, par la suite, devint une écurie. Cette maison fut dénommée par nous la vieille maison, ou la maison de madame Morel, car Mme Morel y fut installée pour faire sa lessive. Nous eûmes la défense de monter au premier étage, mais bien entendu nous l’enfreignîmes plus d’une fois et la Vieille Maison ne manqua pas de recevoir nos fréquentes visites. On trouvait en outre dans le jardin une sorte de vieux bâtiment à demi écroulé qui devint un hangar à charbon et un hangar très vaste qui fut pour nous une sorte de préau et qui servit également d’abri pour les provisions de bois.

Voici les lieux où s’écoulèrent 7 ans de notre existence. Qui peut prévoir pendant combien d’années encore Louviers demeurera pour nous « la maison » ? Après tout, serions-nous si à plaindre d’y demeurer longtemps encore ? Non, certainement. Notre existence n’y a pas été malheureuse, certes ; je vais essayer d’en donner une idée dans les lignes qui vont suivre.

Si je voulais donner un aperçu complet et détaillé de notre vie pendant ces 7 ans, il me faudrait passer des journées, assise à cette table, et j’aurais besoin de plusieurs cahiers semblables à celui-ci. Je me bornerai donc à dire le plus de choses possible, dans l’ordre où elles me viendront à l’idée, et prenant au milieu de beaucoup d’autres quelques détails caractéristiques pour les transcrire ici.

Publié dans:Souvenirs d'enfance |on 20 décembre, 1912 |Pas de commentaires »

1911

Avant de quitter Douai, il serait mal à moi de ne pas écrire un mot sur les demoiselles de magasin de tante Louise, qui me gâtaient et jouaient avec moi pendant tous mes séjours dans le Nord. L’une d’elles surtout m’était fort attachée. Elle se nommait Jeanne Cléry. Je revois encore Marcel lui jetant dans les cheveux un paquet de ces boules de la famille du chardon, qui se collent si bien sur les vêtements. Ma pauvre Jeanne fut obligée de se couper la mèche atteinte, je crois. Elle est mariée aujourd’hui et je l’ai revue dernièrement à Douai, avec son mari et son petit garçon.

Il y avait d’autres employés chez ma tante Louise, mais je m’en souviens moins. Il y avait la bonne, Marie la Rousse, qui m’offrait souvent un morceau de sucre et que j’accusai un jour d’avoir volé dans ma tirelire. Enfin, il y avait une couturière boiteuse, Jeanne Doré, dont les histoires interminables nous amusaient et qui fut remplacée, à son mariage, par Joséphine Accart, une autre non moins fantasque couturière au dos de laquelle nous attachions toujours des papiers et des poissons d’avril lorsqu’elle sortait en ville. Nous étions aux anges lorsqu’elle ne s’en apercevait pas et les gamins se moquaient d’elle.

L’employé principal de la pharmacie de mon oncle Paul mérite bien aussi une mention spéciale, car je le connais depuis toujours ou à peu près. Enfin, il y avait chez mon oncle Henri une certain « trot Moux » que je ne peux guère oublier, et une  bonne d’enfants, Jeanne Barbier, qui nous promenait chaque jour et nous accompagnait à Lambres, dont je reparlerai plus tard.

Publié dans:Souvenirs d'enfance |on 10 octobre, 1911 |Pas de commentaires »

1908 – Coutances, une vie pas désagréable

Je me rappelle un dîner auquel je fus invitée, à la sous-préfecture, et mon étonnement de paysanne devant certain bol de verre empli d’eau tiède que l’on posa devant moi à la fin du repas. A quoi ce liquide légèrement parfumé pouvait-il servir ? Fallait-il le boire ? Je m’apprêtais à l’engloutir quand je vis les autres personnes y tremper légèrement leurs doigts. Je m’empressai de les imiter.

Tel est le milieu dans lequel j’évoluais à Coutances. Mon existence s’y passait agréablement, corsée par les visites et les réceptions, agrémentée de temps à autre par un voyage à Douai ou un séjour chez nous de quelqu’un de mes oncles ou tantes.

Publié dans:Souvenirs d'enfance |on 21 octobre, 1908 |Pas de commentaires »
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