Archive pour la catégorie '01- 1903-1914 Enfance'

Petits souvenirs d’enfant

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Je vois passer dans ma mémoire, comme des ombres fugitives, tous ceux qui ont entouré la petite Dée…

Images :

Un jour, je suis dans la cuisine ; je veux repasser comme je vois la bonne le faire. On refuse. J’insiste. On me confie un fer à repasser et je brûle tout le devant d’un joli tablier…

Un autre jour, je me promène sur le quai Henri IV avec Maman. Maman s’assied près d’une dame et moi, je joue avec Josette. Nous nous racontons beaucoup de choses, il me semble. Avec des morceaux de craie, nous dessinons des dessins merveilleux sur le mur d’une caserne. Ces dessins, ces arabesques, ont une signification admirable dont j’ai aujourd’hui perdu le secret, mais je sais qu’à l’époque ils étaient pleins de mystères. Il y a, près de là, un grand tas de sable : assise dessus, Josette et moi ! Josette ! Je me figurais que son nom venait de ce qu’elle portait des chaussettes ! Nous faisons des pâtés. Quelle occupation absorbante ! Et que de choses extraordinaires l’on découvre en faisant des pâtés ! Josette fut ma première petite camarade. Pendant des mois, elle fut la moitié de ma vie. Je n’eus plus jamais de ses nouvelles après avoir quitté Paris.

Autre tableau : je suis avec ma bonne ; elle me raconte des histoires tout à fait étranges ; elle me parle d’un certain Jésus qui est mort et a souffert pour nous. Je ne veux pas la croire ; je lui dis que ce n’est pas vrai. Alors, elle me montre un crucifix… je n’ai plus envie de douter et j’ai peur… Je crois que j’ai pleuré.

Publié dans:Souvenirs d'enfance |on 21 janvier, 2009 |Pas de commentaires »

Première page de son journal

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Le 18 novembre 1916, Andrée a commencé d’écrire son journal. Elle avait 13 ans.

Il était dédié au départ à Simone Pinchon, sa grande amie, sa confidente, une amitié qui restera fidèle jusqu’à la fin.

Puis vers 1920, elle est revenue dans le temps, et a écrit sous la forme d’un récit la première partie de sa vie, de sa naissance jusqu’au début de la guerre. Plus de Simone Pinchon. Elle dit n’écrire que pour elle.

Puis elle a continué son journal presque chaque jour. Elle a écrit durant toute sa vie.

Publié dans:01- 1903-1914 Enfance |on 20 janvier, 2009 |1 Commentaire »

novembre 1918 : réflexions sur la valeur littéraire de son journal et… sur l’amour

Je ne sais pas si je suis un phénomène de la nature. Je me demande quelquefois si toutes les jeunes filles comme moi, celles que je connais, ont d’aussi étranges idées que moi. Je voudrais savoir vraiment si elles passent par toutes les hésitations, les variations d’humeur qui me sont familières.

Voilà, je ne me crois certes pas au-dessus des autres (loin de là, car je crois m’être aperçue que mes vers sont abominablement mauvais) mais je me demande si je ne suis pas étrangement différente d’elles.

Pour me juger, il faudrait que je puisse m’élever au-dessus de moi-même et du moment présent, mais cela est très difficile, car tant de sentiments divers prennent possession de moi, au même moment !

Quoiqu’il en soit, lorsque je relis mon journal et mes digressions variées, j’y trouve un décousu, un mélange qui me stupéfie moi-même. Cela tient sans doute à ce que, si toutes mes idées se suivent, je ne peux pas écrire assez vite pour les noter toutes, aussi j’oublie toutes les pensées de transition, et même d’autres encore, et le reste ne s’enchaîne plus. Sans doute, je n’ai aucune prétention quand à la valeur littéraire de mon journal ; ce n’est pas pour cela que je l’ai continué jusqu’à ce jour. Mais je doute quelquefois même de l’intérêt qu’il pourra avoir pour moi seule dans quelques années. Peut-être serais-je heureuse de savoir alors ce que j’aurai été… Mais, pourrai-je vraiment être bien fière d’avoir été, par exemple, l’amoureuse (Oh ! Ce mot ! Comme il sonne mal aujourd’hui !) l’amoureuse de Muller ?

Mais je crois plutôt que, quant à cela, j’ai incarné mon idéal en Muller. Ce n’ai pas Muller que j’ai aimé, bien sûr, (et comment l’aurais-je pu, puisque je ne le connaissais en rien ?) mais j’ai donné à mon héros, parfait modèle, les traits et le nom de Muller. Je pense aujourd’hui que ce héros typique n’existe que dans mon imagination.

Publié dans:Réflexions diverses |on 31 décembre, 1918 |Pas de commentaires »

Oct-Nov 1918 : Rêveries

Parlons maintenant de mes rêveries. Je dois reconnaître que j’ai là un grand défaut qui me tient depuis longtemps : j’aime beaucoup à rêver et ma plus grande distraction est de prendre une balle et de la faire rebondir en pensant à toutes sortes de choses, excepté à la réalité, évidemment. Le meilleur remède serait tout simplement de mettre ma balle au feu. Ainsi, je ne pourrai plus me promener ; car il me faut en effet quelque chose qui occupe mes mains pendant que mon esprit rêvasse. Mais ce serait là un sacrifice affreusement pénible pour moi. Et puis, cela pourrait m’empêcher de perdre du temps, et même beaucoup de temps, mais cela ne m’empêcherait pas de rêver. Je rêve partout : en m’habillant, en faisant le ménage, en brodant, avant de m’endormir.

Je pense à toutes sortes de romans saugrenus, à des histoires qui se forgent dans mon esprit et il n’y a que lorsque je lis, je cause, j’écris ou je dors que ma cervelle ne vagabonde pas. Pour me débarrasser de cette habitude, il faudrait que j’ai assez de force d’âme pour contempler de face les soucis, les difficultés de cette vie, et à ne pas chercher l’oubli dans les nuages. C’est alors, je crois bien, que je suis égoïste, car, au lieu de penser aux autres, de songer à leurs tristesses, au moyen de les aider, de les soulager, je vais chercher l’oubli dans le bleu, dans l’irréel. C’est une faute, je m’en aperçois, ainsi puisque j’ai l’intention de me perfectionner, je vais brûler ma balle et tacher de penser à ce qui est. Quant à mes vers, je pense que je ne fais de tort à personne en les écrivant, en manière de distraction. C’est décidé, je ne perdrai plus de temps à en faire, bien que je ne pense pas mal faire en les écrivant quand j’ai de l’inspiration.

En résumé, je suis quelque chose comme un monstre et je me fais horreur à moi-même depuis que je vois qu’avec mes songes creux, ma paresse et mes amusettes, je ne réussis qu’à faire pleurer ma mère !

C’est triste d’en être là, mais c’est exact, je me demande pourquoi je suis née ? Pour vivre et mériter le ciel ensuite ? Hélas ! je ne suis pas sur le chemin d’y arriver (16 ans !)

Si ma tante Germaine revenait avant la fin de ce mois je reprendrais espoir !

Publié dans:Réflexions diverses |on 31 décembre, 1918 |Pas de commentaires »

Octobre 1918

Nous nous sommes mesurés ce matin et voici le résultat de cette opération :

  • Loulou   1m09 (7 ans au mois de décembre)
  • Douty    1m32 (8 ans au mois de mars)
  • Marguerite         1m41 (12 ans du 7 octobre)
  • Germaine          1m56 (13 ans au mois de mars)
  • Andrée   1m65 (16 ans au mois de mars)

Loulou n’a pas encore fait ses baluchons pour retourner à Douai, mais il s’y prépare.

Je viens de lui dire :

-Tu ne les as pas faits, n’est-ce pas Loulou ? mais tu médites sur ce que tu vas emporter ?

-Je « t’ai dite » ? Non, je t’l’ai pas dite.

-Si, tu « médites »

-J’t’ai rien dite

-J’t’l’ai dite : que mademoiselle Andrée, vous êtes une sotte !

Je trouve que le jeune homme s’émancipe.

Publié dans:Souvenirs d'enfance |on 31 décembre, 1918 |Pas de commentaires »

Oct 1918 : Examen de conscience

Je suppose que mon défaut dominant c’est la paresse. J’aime beaucoup Maman, je m’y prends assez mal pour le lui montrer, mais c’est beaucoup plus par paresse que pour une autre raison. Je me lèverais très volontiers le matin de bonne heure et je ferais bien tout le ménage de la maison, mais je trouve, le moment arrivant de m’exécuter, beaucoup plus doux de rester au lit jusqu’à 7h ou 7h ½, beaucoup plus charmant de trouver tout le travail fait lorsque j’arrive, et enfin, pour le ménage, j’aime bien le faire une fois de temps en temps, mais ce que je trouve de plus ennuyeux, c’est de recommencer tous les jours, s’habiller, balayer, frotter, manger même (et encore, manger procure une sensation agréable, quoique ce soit bien ennuyeux aussi) et après cela laver la vaisselle, essuyer, remettre en place, et tout ceci pourquoi ? pour recommencer le lendemain. Voilà, c’est la paresse, toujours, qui me retient !

(…)

J’aime Maman, mais il n’en restera pas moins toujours vrai que je l’aurai fait pleurer et que jusqu’ici, je lui ai occasionné beaucoup plus de peines que je ne lui ai procuré de joies. J’aime Papa, et c’est peut-être lui qui souffre moins à cause de moi, parce qu’il a un peu, j’imagine, le même caractère un peu renfermé que moi et que lui non plus n’aime pas les expansions. Mais cependant, jusqu’ici, je ne lui ai jamais montré que je l’aimais et il ne peut être, hélas ! rien moins que fier de sa fille. Je crois qu’il nous aime un peu comme j’aime, moi, mais je ne peux le croire absolument, car je ne connais pas beaucoup Papa moi-même, et lui ne me connaît pas beaucoup non plus.

 

Publié dans:Réflexions diverses |on 1 décembre, 1918 |Pas de commentaires »

Mai 1917 : promenade à la cressonnière de Becdal

Hier après-midi, nous sommes allées à la cressonnière de Becdal avec Mlle Emilie, madame Sonneville, Roger et Suzanne. Nous sommes descendus par un sentier en pente au milieu du bois, nous avons fait le tour de la source et, au bout de quelques temps, nous nous sommes assis auprès du ruisseau pour goûter. Il faisait si chaud, et l’eau était si appétissante, que nous en avons bu dans le creux de notre main. En passant près de la cressonnière où il y avait des femmes en train d’arranger leur cresson, Pierrot a attrapé une touffe de cresson avec son bâton.

-Ah ! mais ! cria l’une des femmes en fureur, (je crois bien qu’elle avait bu car les autres se tinrent tranquilles) ça ne se passera pas comme çà, vous allez voir, espèces de propres à rien, de chenapans, de vagabonds. Je m’en vas vous faire un procès verbal ed’trois sous ! M’arracher mon cresson ! ça ne pense à rien !

Et, elle nous en a défilés sur ce ton tant qu’elle nous a vus.

Publié dans:Pierrot, Souvenirs d'enfance |on 26 décembre, 1917 |Pas de commentaires »

Jeudi 4 janvier 1917

Le jour de Noël, je suis allée aux vêpres qui ont duré très longtemps .

Lundi fut 1er jour de l’année 1917. Nous avons été à la messe de 8h et, en revenant, nous avons trouvé nos jouets dans la salle à manger : un croquet pour Germaine, Marguerite et moi ; un train mécanique pour Pierrot et deux charrettes avec un âne pour Douty et Loulou. Déjà le matin nous avions eu chacun un sac de chocolat et 2frs de Bonne-Maman, un gros sac de pâtes de fruit de ma tante Léa, et notre abonnement à « Suzette » de ma tante Louise. Papa nous a donné 1fr. j’oublie de dire que mon oncle Jules est venu dîner ici samedi et nous a donné aussi 1fr.

Nous avons pu aller aux tranchées avec Henry Devaux (cousin d’Andrée en permission à Louviers). Nous avons vu les abris des soldats et nous avons sauté partout par-dessus les planches et les trous qui leur servent à s’abriter des obus.

 

 

Publié dans:Souvenirs d'enfance |on 23 décembre, 1917 |Pas de commentaires »

Avril 1917 : Andrée apprend à monter à bicyclette

Raymonde Cottard m’a prêté sa bicyclette. Nous nous sommes promenées dans les quatre rues de la Poste de l’Ile, de la Laiterie et rue Trinité. Je ne savais presque plus y aller et, pour commencer, il a fallu me réapprendre. Nous nous sommes encore exercées hier et maintenant je vais très bien à bicyclette. Je sais monter, marcher lentement ou vite, tourner et descendre toute seule, et je ne suis pas encore tombée une seule fois ! Il est vrai qu’il ne faut pas encore désespérer ! Je voudrais très bien savoir y monter pour aller me promener avec Mlle Emilie cet été.

Publié dans:Souvenirs d'enfance |on 20 décembre, 1917 |Pas de commentaires »

Avril 1917

Il nous est arrivé une aventure assez drôle avec une couveuse. Cette bête voulait couver dans une caisse au-dessus de la cage aux lapins. Nous l’installons donc ; mais une autre poule pondait dans la même caisse, ce qui fait qu’au bout de 15 jours, le nombre des œufs avait monté de 12 à 24 ! A ce moment, la couveuse a abandonné son nid, mais l’autre poule y est venue pour pondre et tante Louise, la prenant pour celle qui était partie, l’a enfermée dans la caisse où elle est restée pendant un jour entier. Elle s’est sauvée quand Louise (la bonne) lui a ouvert et, depuis ce temps, il n’y a plus rien eu sur les œufs, et l’on a été obligé de les jeter. Les autres poussins sont très jolis et grossissent beaucoup. j’en ai choisi un que j’appellerai Myggy si c’est un coq et Magga si c’est une poule.

Publié dans:Souvenirs d'enfance |on 12 décembre, 1917 |Pas de commentaires »

Août 1917 – Partie de cache-cache

Après avoir parlé de notre comédie, samedi, nous avons joué à cache-cache dans la maison. Douty et Loulou consentirent à s’y coller, moyennant du chocolat et des gâteaux. A la première partie, les autres s’étaient nichés dans divers coins. Paul et moi, nous étions montés au second, dans un petit cabinet et nous nous étions fourrés dans une espèce de coffre, avec un couvercle rabattu sur nous. Il y faisait heureusement très sombre, sans cela, la vue des toiles d’araignées et des poussières nous aurait sans doute empêchés d’entrer. Douty et Loulou ont eu beaucoup de mal à nous trouver. Ils ont fini par découvrir les autres, à force de chercher, mais ils n’auraient pas eu l’idée d’ouvrir le coffre si je n’avais pas eu l’imprudence de sortir de ma cachette, ce qui nous a fait trouver.

Nous avons fait encore une autre partie, et c’est encore Douty et Loulou qui y étaient. Quand à moi, je devais cacher les autres. J’avais mis Pierrot sur le balcon, Marguerite au milieu d’habits, dans une armoire dont Germaine occupait le haut et, enfin, Paul dans une malle, fermée, bouclée, enveloppée d’une housse et recouverte de paquets ! Naturellement, les petits ne l’ont pas trouvé et, lorsque les autres ont été découverts, ils se sont mis à sa recherche et n’ont rien vu non plus ; mais madame Gellé ayant appelé Paul, j’ai été obligé de le faire sortir. Mais cela avait été fort amusant.

Publié dans:Souvenirs d'enfance |on 28 août, 1917 |Pas de commentaires »

8 août 1917 – On joue au théâtre

Samedi dernier, visite de Paul Gellé. Nous préparons avec lui une comédie épatante qui sera jouée dans toutes les règles : tout est bien qui finit bien. Il est décidé que nous la soignerons tout à fait pour la jouer très bien et devant beaucoup de spectateurs que nous inviterons pour qu’ils jugent nos talents.

J’y représente une madame Grichard, vieille dame maniaque et grognon, absolument le portrait de madame Mouchard. Germaine est ma cousine, jeune fille de 15 à 16 ans qui vient me tenir compagnie et me lire le feuilleton. Paul est le frère de Germaine. Marguerite est ma bonne et Pierrot est le frère de Marguerite, mon domestique. Je crois que chacun à bien un rôle approprié à ses talents, mais il nous faudra faire beaucoup de répétitions, et de très soignées, car les gestes sont assez compliqués. Du reste, nous ne sommes pas pressés car nous ne devons représenter cette comédie que vers le 15 septembre, quand Paulette sera ici.

Publié dans:Souvenirs d'enfance |on 28 août, 1917 |Pas de commentaires »

Juillet 1917

Maman a loué une bicyclette et nous avons été nous promener sur le chemin de Pinterville, les autres à pied, et moi les suivants à bécane. Cela m’a permis de m’exercer à passer au milieu des piétons et des voitures sans me faire écraser et sans écraser les autres. Cela n’a pas été trop mal, mais pour être juste, il faut avouer que j’ai ramassé un fameux bouchon en voulant descendre alors que ma machine était lancée très fortement. On prétend que c’est le métier qui rentre ainsi !… Maman ne voulait plus que je remonte à bicyclette, parce que j’avais déchiré ma robe et troué mon bas

Publié dans:Souvenirs d'enfance |on 24 juillet, 1917 |Pas de commentaires »

26 juillet 1917

Depuis quelques temps, nous avions projeté de jouer une comédie qui avait pour titre : les tribulations de mademoiselle Estelle. Nous avons passé la journée de mercredi en préparatifs, répétitions, arrangements des costumes etc. Il a fallu copier nos rôles pour les apprendre par cœur. Enfin, cela nous a donné beaucoup de mal. Après bien des débats et même quelques disputes, chacun a été pourvu d’un rôle approprié à ses talents. J’étais une vieille fille de 40 ans désirant me marier. Au premier acte, j’attends des prétendus qu’une de mes cousines m’envoie, et j’annonce à Anénaïde, ma bonne, que si les prétendus me trouvent à leur gré ils oublieront leur parapluie chez moi. Au 2ème acte, je constate avec désespoir qu’aucun parapluie n’a été oublié. Cependant, un monsieur sonne, mais ce n’est pas un prétendu. C’est un employé de l’état civil, Germaine, qui vient me demander mes noms, qualités, profession et âge. Je refuse absolument de répondre à cette dernière question. L’employé me dit qu’il va m’inscrire comme étant née en 1830. Alors je me mets en colère, disant qu’il me vieillit de 24 ans. C’est donc que je suis née en 1854. Je me suis trahie moi-même. Au 3ème acte, j’ai enfin trouvé un époux et l’on procède à mon mariage avec monsieur Florimond Bellejambe, autrement dit Pierrot. Simone Auvray était le maire et Marguerite un huissier. Douty avec Suzanne, Roger avec Loulou représentaient les jeunes gens de la noce. C’est cette œuvre dramatique que nous nous sommes escrimés à représenter convenablement, non seulement mercredi, mais aussi ce matin. J’ai envoyé des invitations à toute la maison, même à Hermande et à Paul Gellé, pour venir demain à 2h ½ à la représentation solennelle. Nous verrons comment cela marchera.

Publié dans:Souvenirs d'enfance |on 12 juillet, 1917 |Pas de commentaires »

1917

Je crois que Mlle Emile est un peu vexée parce que Maman lui a dit que je trouvais bête de broder (Maman a lu ce que j’avais écrit sur mon journal) Elle avait l’air un peu mécontente cet après-midi. Je regrette bien de l’avoir fâchée, mais naturellement je n’irais pas lui dire que c’est bête de broder quand elle ne fait que cela toute la journée.

Aussi, pourquoi Maman a-t-elle été lui dire ?

Il y a des ouvrages de broderie très beaux, certainement, mais je trouve qu’il y a des arts beaucoup plus beaux encore que la broderie. Enfin, chacun son goût. Quand j’aurai 20 ans, je penserai peut-être comme elle, après tout.

Dimanche dernier, j’ai passé mon après-midi dans la lecture de « Poum ». Ce petit bouquin est très drôle et assez intéressant.

 

Mardi matin, Maman m’a envoyée dans toutes les épiceries de Louviers à la recherche de vieux bocaux à bonbons pour y mettre des cornichons confits. J’y suis allée à bicyclette. J’ai suivi toute la rue du faubourg Saint Germain, la rue St Hildevert, j’ai traversé Incarville et je suis enfin arrivée au Vaudreuil. Là, j’ai demandé à une vieille femme où j’étais, car je l’ignorais tout à fait. Elle m’a renseignée, et je suis revenue par la route de St Pierre du Vauvray en m’arrêtant le long du chemin à toutes les épiceries.

Cette promenade-là est très jolie, et je serais allée bien plus loin encore, si la considération de l’heure ne m’avait pas arrêtée.

 

Publié dans:Souvenirs d'enfance |on 11 juillet, 1917 |Pas de commentaires »

Novembre 1916

Comme il pleuvait, nous avons été chez madame Bastide qui est une tante de Geneviève. Nous avons joué aux Bêtes et à la famille Gringoire.

Pour jouer aux Bêtes, il faut un jeu de cartes ordinaire : chaque joueur prend un nom de Bête et on distribue les cartes une à une en mettant les cartes à l’endroit. Quand deux joueurs ont la même carte, ils doivent s’appeler par leur nom et celui qui le premier crie le nom de l’autre, ramasse toutes ses cartes.

Ainsi Geneviève s’appelait singe, Marguerite se disait cacatoès, Germaine éléphant et moi ours.

Marguerite a eu un 10, et moi aussi. Aussitôt j’ai crié : « cacatoès ! » et comme Marguerite n’a pas crié : « ours ! » assez vite, alors j’ai pris toutes ses cartes. Ce jeu est très amusant, surtout lorsqu’on va très vite. Quand à la famille Gringoire, c’est un peu dans le genre des sept familles.

Publié dans:Souvenirs d'enfance |on 22 décembre, 1916 |Pas de commentaires »

Novembre 1916

Il pleut souvent en ce moment. Ainsi, jeudi dernier, les petites Auvray sont venues ici. Nous avons joué un peu à la poupée, puis aux charades. Nous aimons bien jouer aux charades. Par exemple, ce jour-là, le mot était « empereur ». Mon premier, c’était la première année ; mon second, c’était un champ de bataille avec des blessés qui voulaient un peu d’eau ; mon troisième, c’était un wagon de chemin de fer avec les voyageurs et un petit bébé auquel sa nourrice apprenait à parler : ra, re, reur, arra, ra. Enfin, on a fait : empereur avec le couronnement de l’empereur Napoléon et de l’impératrice Joséphine.

Publié dans:Souvenirs d'enfance |on 21 décembre, 1916 |Pas de commentaires »

1916

En ce moment, nous arrangeons une comédie pour la jouer un jeudi à la maison. Un autre jour avec Geneviève  (camarade de classe), nous avons joué : la mort et les funérailles de François-Joseph, ce qui était bien drôle.

Sinon, lorsqu’il fait mauvais temps, je brode. Je suis en train de me remettre à faire de la dentelle aux fuseaux, maintenant que j’ai fini un mouchoir brodé pour Bonne-Maman.

Ma tante Louise et papa sont retournés à Paris où ils sont allés pour l’enterrement d’une arrière-grand-tante. Ils ont rapporté de la viande frigorifiée des halles. Nous en avons déjà mangé et c’est vraiment la même chose que la viande de boucherie.

 

Publié dans:Souvenirs d'enfance |on 20 décembre, 1916 |Pas de commentaires »

Construire des cabanes et rêver

Lorsque nous restions à la maison, nos principaux divertissements étaient le jeu de grimper aux arbres et le jeu des cabanes.

Par une chance extraordinaire, il y avait dans le jardin un grand nombre d’arbres sur lesquels on pouvait facilement se hisser, et j’en profitais pour me jucher confortablement sur leurs branches les plus solides et pour rêver, entre ciel et terre, au milieu de la verdure. Il était quelquefois plus facile de monter que de descendre et je me souviens d’un jour où, grimpant pour la première fois sur un lilas voisin du mur de la rue, je réussis à poser un pied au sommet de ce même mur. Hélas, lorsque je voulus quitter mon piédestal pour regagner la terre ferme, je fus prise d’un tel vertige que je n’osai pas tenter la descente ! Heureusement, une voisine, madame Petitot, femme de l’inspecteur primaire, passa dans la rue à ce moment. Sur une prière, elle alla avertir papa de ma fâcheuse position et ce dernier ne tarda pas à venir à mon aide. Cette mésaventure ne guérit pas ma passion. Je continuai à grimper aux arbres.

Quant aux cabanes, c’était un jeu importé de Coutances qui fit fureur jusqu’en 1916 ou 17. Cabanes de caisses et de planches adossées contre un arbres et recouvertes de terre battue ou de feuilles mortes suivant la saison ; cabanes de branchages, tenant par miracle, cabanes où nous passions des journées entières, faisant le lessive, la cuisine, le ménage et y soignions nos poupées. Combien le jardin en vit-il, depuis notre arrivée ? Il y en eut de toutes les formes, de tous les genres, de toutes les tailles.  Il y en eut qui vécurent plusieurs mois, il y en eut qui furent aussi éphémères que le caprice auquel elles devaient voir le jour, il y en eut une qui fut brutalement démolie à coups de pied par Maman, parce que nous y avions déchiré nos tabliers. Mais toutes furent pour nous un semblant de foyer où nous faisions semblant d’être des marquises ou des paysannes en sabots. Je crois qu’il est impossible de s’amuser davantage que nous le fîmes avec d’humbles morceaux de bois, aussi je remercie de grand cœur les « cabanes ».

Publié dans:Souvenirs d'enfance |on 11 novembre, 1913 |Pas de commentaires »

Louviers : la chambre des enfants

S’il pleuvait, nous restions à la maison et nous jouions à la poupée. Nous avions beaucoup de jouets et ceux-ci étaient installés dans une pièce réservée à notre usage, située au premier étage, au-dessus de la petite salle à manger. La « chambre aux jouets ». Là, se voyaient un lit de poupée et deux berceaux, deux petites tables, quatre petits fauteuils, deux lavabos, une cuisinière, une armoire et des ustensiles de cuisine. Il y avait de plus des quantités de bibelots. Les divers objets appartenaient soit à Germaine soit à moi. Quant aux fauteuils, l’un d’eux, un joli bleu, était le mien ; un autre en bois verni, noir, appartenait à Germaine ; celui de Pierrot était plus petit, en osier, rouge ; enfin, Douty avait le plus joli des quatre, une chaise basse en bois, mat, de genre ancien.

Nous disposions tout cela de façon variable. De temps en temps, nous faisions un grand déménagement et nous changions de fond en comble l’ordre de nos petits meubles. Le plus souvent, Germaine avait son « coin », arrangé à son idée et j’avais le mien à l’autre extrémité de la pièce. Nous avions chacune une chambre et une salle à manger ; la cuisine était commune et se tenait dans le fond d’une vaste armoire où nous installions la petite cuisinière. Tous ces arrangements nous distrayaient beaucoup. Nous avions beaucoup de poupées. Mes filles à moi étaient au nombre de quatre ou cinq. Il y avait Alice, une grande poupée de la taille d’une enfant de 2 ou 3 ans, présent de tante Louise (cette poupée était d’ailleurs une des siennes), elle était brune, très jolie (je pensais qu’elle ressemblait à Marthe Launes, ma copine de classe) et elle possédait un trousseau très complet, augmenté de quelques affaires à nous. Puis Blondine, un bébé jumeau de taille moyenne, ma préférée, je ne sais pourquoi, qui possédait aussi pas mal d’effets dans son armoire. Puis Léontine, une grosse poupée joufflue, un peu plus petite qu’Alice, pourtant, et qui m’avait été offerte lorsque j’étais à Paris. Celle-là était tantôt très choyée, tantôt complètement délaissée. Pour finir, je crois que je la donnai à Germaine. Puis, aussi, il y avait Marguerite, petite poupée aux cheveux châtains et aux yeux bleus, donnée par papa lors de mon empoisonnement au calomel. Dans ses beaux jours, cette poupée disait papa et Maman lorsqu’on tirait certains cordons ; plus tard, elle ne le dit plus, mais je continuai à l’aimer quand même. Enfin, je ne dois pas oublier Bluette, la petite poupée de « journal de Suzette » pour laquelle Maman m’avait fait un joli trousseau. Un peu plus tard, je voulus lui faire des robes à mon tour, et je lui en fis, en effet, d’assez mal combinées d’ailleurs.

Publié dans:Souvenirs d'enfance |on 10 novembre, 1913 |Pas de commentaires »
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