Archive pour la catégorie 'Andree decrit son entourage'

Andrée en rupture de ban

L’idée de
la Paix ayant ainsi germé dans mon esprit, j’entrepris de la développer. Ce fut pour moi comme un fil d’Ariane, qui m’entraina hors de la routine quotidienne en me conduisant dans une foule d’endroits imprévisibles. Je n’avais pour guide que ma seule intuition, l’esprit toujours en éveil vers tout ce qui pouvait me venir en aide ou occupé à éliminer les obstacles qui me barraient le chemin.

Ces obstacles, il faut bien le dire, étaient dans mon entourage immédiat, ils formaient la trame de mon existence. Le plus redoutable fut mon mari qui, ayant besoin de moi pour tenir la maison, recevoir la clientèle, ne comprenait pas pourquoi je gaspillais stupidement un temps si précieux. Ma conduite lui parut une conséquence de troubles mentaux incurables et il finit par se résigner à ce qu’il appelait mes fantaisies ou mes imbécilités, suivant le degré de son humeur malveillante.

Ma famille, mes amis de toujours, mes enfants aussi, au fur et à mesure qu’ils grandissaient, manifestaient tous la plus totale indifférence à mes inquiétudes. Il était inutile de leur en parler, pas plus que de leur parler hébreu ou chinois. J’avais l’impression d’être entrée dans un autre univers où personne de connu n’accepterait de me suivre ; je devais faire le chemin seule ou trouver d’autres compagnons de voyage.

Jamais je ne m’étais préoccupée d’avoir des amis en dehors de ceux que les hasards de la vie, de la profession ou de nos relations familiales avaient mis sur notre chemin. Nous avions été amenés à fréquenter surtout le milieu médical ; nous étions invités chez des médecins, nous les recevions souvent d’une manière bohème qui les amusait toujours. Nous étions restés dans la vie, un ménage d’étudiants. Entre mon mari et ses camarades, j’avais entendu des discussions interminables sur une foule de sujets ; depuis quinze ans, ils rebâtissaient perpétuellement le monde en paroles, mais étant les uns et les autres submergés par leurs activités professionnelles, leurs idées demeuraient stériles et ils abandonnaient assez légèrement aux autres, le soin d’influer sur les affaires publiques. La guerre n’avait modifié ni leurs idées ni leurs habitudes, ils protestaient davantage contre les impôts et
la Sécurité Sociale, ce qui me paraissait plutôt négatif.

Un soir, un ami spécialiste dans des travaux de laboratoire offrit un grand diner. Les convives n’étaient que des médecins et des femmes de médecins. Les hommes ne parlaient que de médecine, malades, traitements nouveaux et honoraires, sujets que j’exécrais. Au bout de la table, une grande femme rousse, très maquillée, couverte de bijoux, racontait d’une voix aigüe son dernier séjour aux sports d’hiver.

Les femmes de médecin en général, sont assez prétentieuses, l’échelon social auquel elles sont parvenues, leur donne une haute opinion d’elles-mêmes et elles se croient dispensées de tout effort d’amabilité. Comme elles ne sont pas toujours intelligentes, les relations avec elles, ne sont pas des plus agréables. Quand elles organisent une réception, thé ou cocktail, certaines ne prennent d’autre peine que de serrer la main vaguement aux arrivants, tandis que le mari s’empare d’eux et leur met un rafraichissement dans les mains ; personne ne présente les invités les uns aux autres, tant mieux s’ils se connaissent déjà, personne ne fait les frais d’une conversation, si bien que ces réunions pouvaient être aussi bien des rencontres dans un buffet de gare entre voyageurs pressés de partir chacun de son côté.  

Le dîner dont je parle ne fut peut-être pas pire que beaucoup d’autres. Les convives, je les connaissais peu, je n’avais aucun désir de les revoir. Rien ne releva la morne impression d’ennui pendant cette soirée perdue. Dès cet instant, je pris la résolution de fréquenter à l’avenir, d’autres personnes que les médecins.

Ce monde médical dont je pensais avoir fait le tour et dont je connaissais les lacunes, me paraissait étouffant. Le cloisonnement de la bourgeoisie française en une foule de petits mondes à part, me disais-je, voilà le mal. Il y a le monde des médecins, celui des avocats, celui des artistes, celui des politiciens. Il faudrait réunir ensemble des personnes disparates, appartenant chacune à un univers différent. Ces réunions seraient pleines d’imprévus, de variété et apporteraient à tout le monde, un enrichissement. Pratiquement d’ailleurs, c’est de cette manière que se constitue la société en province. Le notaire reçoit le médecin, le pharmacien le châtelain du pays, mais la province donne à ses réceptions une note mondaine, guindée, quelque peu conventionnelle. - Je rêvais d’autre chose, sans savoir au juste quoi.

Publié dans:Andree decrit son entourage |on 25 mars, 2009 |Pas de commentaires »

Andrée en rupture de ban

L’idée de
la Paix ayant ainsi germé dans mon esprit, j’entrepris de la développer. Ce fut pour moi comme un fil d’Ariane, qui m’entraina hors de la routine quotidienne en me conduisant dans une foule d’endroits imprévisibles. Je n’avais pour guide que ma seule intuition, l’esprit toujours en éveil vers tout ce qui pouvait me venir en aide ou occupé à éliminer les obstacles qui me barraient le chemin.

Ces obstacles, il faut bien le dire, étaient dans mon entourage immédiat, ils formaient la trame de mon existence. Le plus redoutable fut mon mari qui, ayant besoin de moi pour tenir la maison, recevoir la clientèle, ne comprenait pas pourquoi je gaspillais stupidement un temps si précieux. Ma conduite lui parut une conséquence de troubles mentaux incurables et il finit par se résigner à ce qu’il appelait mes fantaisies ou mes imbécilités, suivant le degré de son humeur malveillante.

Ma famille, mes amis de toujours, mes enfants aussi, au fur et à mesure qu’ils grandissaient, manifestaient tous la plus totale indifférence à mes inquiétudes. Il était inutile de leur en parler, pas plus que de leur parler hébreu ou chinois. J’avais l’impression d’être entrée dans un autre univers où personne de connu n’accepterait de me suivre ; je devais faire le chemin seule ou trouver d’autres compagnons de voyage.

Jamais je ne m’étais préoccupée d’avoir des amis en dehors de ceux que les hasards de la vie, de la profession ou de nos relations familiales avaient mis sur notre chemin. Nous avions été amenés à fréquenter surtout le milieu médical ; nous étions invités chez des médecins, nous les recevions souvent d’une manière bohème qui les amusait toujours. Nous étions restés dans la vie, un ménage d’étudiants. Entre mon mari et ses camarades, j’avais entendu des discussions interminables sur une foule de sujets ; depuis quinze ans, ils rebâtissaient perpétuellement le monde en paroles, mais étant les uns et les autres submergés par leurs activités professionnelles, leurs idées demeuraient stériles et ils abandonnaient assez légèrement aux autres, le soin d’influer sur les affaires publiques. La guerre n’avait modifié ni leurs idées ni leurs habitudes, ils protestaient davantage contre les impôts et
la Sécurité Sociale, ce qui me paraissait plutôt négatif.

Un soir, un ami spécialiste dans des travaux de laboratoire offrit un grand diner. Les convives n’étaient que des médecins et des femmes de médecins. Les hommes ne parlaient que de médecine, malades, traitements nouveaux et honoraires, sujets que j’exécrais. Au bout de la table, une grande femme rousse, très maquillée, couverte de bijoux, racontait d’une voix aigüe son dernier séjour aux sports d’hiver.

Les femmes de médecin en général, sont assez prétentieuses, l’échelon social auquel elles sont parvenues, leur donne une haute opinion d’elles-mêmes et elles se croient dispensées de tout effort d’amabilité. Comme elles ne sont pas toujours intelligentes, les relations avec elles, ne sont pas des plus agréables. Quand elles organisent une réception, thé ou cocktail, certaines ne prennent d’autre peine que de serrer la main vaguement aux arrivants, tandis que le mari s’empare d’eux et leur met un rafraichissement dans les mains ; personne ne présente les invités les uns aux autres, tant mieux s’ils se connaissent déjà, personne ne fait les frais d’une conversation, si bien que ces réunions pouvaient être aussi bien des rencontres dans un buffet de gare entre voyageurs pressés de partir chacun de son côté.  

Le dîner dont je parle ne fut peut-être pas pire que beaucoup d’autres. Les convives, je les connaissais peu, je n’avais aucun désir de les revoir. Rien ne releva la morne impression d’ennui pendant cette soirée perdue. Dès cet instant, je pris la résolution de fréquenter à l’avenir, d’autres personnes que les médecins.

Ce monde médical dont je pensais avoir fait le tour et dont je connaissais les lacunes, me paraissait étouffant. Le cloisonnement de la bourgeoisie française en une foule de petits mondes à part, me disais-je, voilà le mal. Il y a le monde des médecins, celui des avocats, celui des artistes, celui des politiciens. Il faudrait réunir ensemble des personnes disparates, appartenant chacune à un univers différent. Ces réunions seraient pleines d’imprévus, de variété et apporteraient à tout le monde, un enrichissement. Pratiquement d’ailleurs, c’est de cette manière que se constitue la société en province. Le notaire reçoit le médecin, le pharmacien le châtelain du pays, mais la province donne à ses réceptions une note mondaine, guindée, quelque peu conventionnelle. - Je rêvais d’autre chose, sans savoir au juste quoi.

Publié dans:Andree decrit son entourage |on 25 mars, 2009 |Pas de commentaires »

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