Archive pour la catégorie 'Maurice et Alice'

Maurice Lacassagne

 

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Maurice Lacassagne est le père de Bernard. En conséquence, il est le beau-père d’Andrée. Il était médecin à Givet, dans les Ardennes.

Il est mort au cours de la débacle de 1940, du côté de Troyes, alors qu’il tentait de rejoindre la Vendée. On dit aujourd’hui qu’il s’est suicidé. Nous savons que c’était un homme dépressif. Mais nous ne retrouvons rien dans les archives qui l’atteste.

Sa femme est Alice Dumesnil. Il ne nous reste pas grand chose de cette aïeule, sauf quelques lettres pleines de gaieté et d’humour. Quelques photos, aussi, où nous la voyons le plus souvent en arrière plan, dans l’ombre, derrière son mari et son fils. Elle était très jolie.

Alice était malade, d’une maladie qui aujourd’hui se soignerait. Mais, un peu comme ce fut le cas pour Camille Claudel, elle fut hospitalisé en psychiatrie pendant une bonne partie de la fin de sa vie. Elle est restée un mystère. On ne parlait jamais d’Alice. Andrée ell e-même ne la cite que très peu dans ses récits.

Publié dans:Maurice et Alice |on 22 janvier, 2009 |Pas de commentaires »

écrit en 1959 : Andrée juge son beau-père

Mon beau père était méridional et, comme tous les gens du Sud, moins féministe et moins évolué que les gens du Nord. Il est facile de constater que, plus on descend vers l’équateur, moins les femmes sont émancipées. Autant ma famille était moderne, autant mon beau-père l’était peu. Il redoutait visiblement les femmes, leur influence et leur ingérence dans les affaires sérieuses. Pour lui, la femme n’était pas l’égale de l’homme. Il les traitait avec un mépris bienveillant, comme des êtres futiles, un petit animal, à peine plus qu’une guenon apprivoisée. Si ma belle-mère avait eu à souffrir d’une telle attitude, elle n’avait jamais dû en faire la confidence à personne et elle avait pris le parti le plus sage, celui de disparaître au plus tôt. Mon beau père n’avait aucune considération pour les pharmaciens, leur rôle dans la Société lui paraissait aussi inutile que dangereux. Etant à la fois une femme et pharmacien, j’avais doublement le droit de lui inspirer de la méfiance. Il y avait une pointe d’hostilité dans ses sarcasmes que je prenais alors pour d’innocentes taquineries. « Potard, métier d’imbécile. Les pharmaciens sont des épiciers, avec la prétention en plus » Il prétendait également qu’une pharmacie n’était pas un placement d’argent. Le pauvre homme ne connaissait malheureusement, pour lui comme pour nous, pas d’autres placements sûrs que les fond d’Etats. Il aurait été préférable qu’il mette sa confiance dans des valeurs plus tangibles. Quoiqu’il en soit, Bernard avec lui se moquaient gentiment de moi, de mon diplôme et de ma pharmacie. C’étaient à leurs yeux des choses de bien peu d’importance.

Publié dans:Maurice et Alice |on 2 mars, 1959 |Pas de commentaires »

1940 : Lettre de ??? à Mimi

Ma chère Mimi

Je suis triste car je viens t’annoncer la très triste nouvelle : notre pauvre Pépé (NDLR : Maurice Lacassagne) est mort. Nous avons reçu une dépêche ce matin et nous sommes tous en larme. maman pleure mais aussi Elisabeth. Henri ne pleure pas mais il est trop petit. Maman me dit qu’il faut prier beaucoup pour qu’il aille au ciel. Madame Declef est venue. Elle nous a dit que les avions volent en rase-motte et mitraillent tout (…) Il a dû être mitraillé. Ilest mort à l’hôpital de Troyes.

Publié dans:Maurice et Alice, Mimi |on 20 janvier, 1940 |Pas de commentaires »

1940 – Lettre d’Elisabeth à Mimi

Ma chère Mimi,

Je viens d’apprendre une très mauvaise nouvelle. Pépé est mort à l’hopital. Maman ira et Papa sûrement aussi. Nous sommes tous tristes pour le pauvre Pépé

(NDLR : Il s’agit du décès de Maurice Lacassagne, père de Bernard)

Publié dans:Elisabeth, Maurice et Alice, Mimi |on 20 janvier, 1940 |Pas de commentaires »

1940 La débacle : mort de Maurice Lacassagne

Les Ardennes furent évacuées et j’espérais que mon beau-père viendrait me rejoindre à Paris. Une dépêche me prévint qu’il était mort en arrivant à Troyes[1] et, toute seule, je me rendis dans cette ville sans me rendre compte que l’avance allemande risquait de me barrer la route. Par une nuit noire, j’arrivai à Troyes. La ville était pleine de réfugiés, je ne voyais même pas où je me dirigeais et j’errais comme une épave dans ce pays inconnu. La gare était pleine de monde, couchant à même le sol, entassés dans les salles d’attente ou étendus sur les quais. Il y avait des gens de toutes sortes, de vieux paysans effarés n’ayant jamais quitté leur village, des religieuses, des mères avec leurs enfants, tous parqués dans l’attente de trains problématiques. Cette détresse abominable, je ne pourrais jamais l’oublier. Ce fut un miracle pour moi que de trouver une jeune fille qui connaissait la ville et me pilota vers la maison assez mal famée où je trouvai une chambre et un lit.

Le lendemain, ma peine fut grande d’aller voir mon beau-père qui reposait, abandonné à la morgue de l’hôpital de Troyes. J’étais seule pour lui apporter ce dernier adieu, seule pour lui rendre ses devoirs funèbres. Je me souvenais combien mon mari était attaché à son père et combien mon beau-père avait été bon pour moi, pour nos enfants, si fier de ses petites filles et de son petit-fils. Je tachais d’être brave et de remplacer toute la famille après de lui. Je lui fis cette dernière promesse de faire l’impossible pour rendre son fils heureux, pour garder intacte si je le pouvais, cette maison de famille qu’il avait achetée et entretenue pour nous, et je me souvenais aussi combien, comme s’il pressentait l’avenir, il redoutait une guerre possible, lui qui avait déjà subi tant d’épreuves en 1914.

Mars 1926 LETTRE DE ALICE LACASSAGNE NÉE DUMESNIL À SA BELLE-FILLE ANDRÉE

(d’après le contexteAndrée se trouvait alors à Douai, dans le Nord, chez sa grand-mère Dupuis (dite « Bonne Maman »), tandis que Bernard poursuivait ses études de médecine à Nancy. Leur premier enfant, Marie-Claude était née le 27 janvier 1926).

Ce samedi 20 mars 1926 – Givet

Chère petite fille

Nous sommes désolés d’avoir été avertis trop tard du désir de Kicket (Bernard) d’aller vous voir demain : le permis Nancy Charleville n’était pas arrivé et Papa (Maurice Lacassagne)ne prétend pas travailler pour presque rien toute l’année, et payer encore les voyages au grand tarif. Vous allez vous ennuyer chacun de votre côté, chers petits, mais en pensant que vous vous reverrez samedi prochain 27 mars au deux mois de notre poupée.

Je reçois à l’instant un mignon petit souvenir personnel de Suzette et une lettre de sa maman. Je le pensais bien, Suzette a été désolée de ne pas assister au baptême, désolée, désolée et déçue. Vous l’aviez invitée tant de fois ! Elle avait dû se préparer, faire sa petite bourse, acheter son petit cadeau de ses deniers personnels. J’avais écrit pour inviter à Pâques mais cousine Yvonne n’a pas accepté, je la crois un peu froissée. Comment faire ma chérie ? Pensez-vous que votre grand-mère et tante Louise voudraient recevoir notre petite cousine quelques jours ? Vous la demanderiez avant votre retour et vous reviendriez à Givet avec elle.

Je serais tellement triste d’avoir fâché mes cousins qui sont presque mes seuls parents ! Je suis confuse de me montrer tellement indiscrète chère petite fille, mais vous aviez tellement insisté pour avoir Suzon, qu’elle ne pouvait faire autrement que de compter fermement sur une invitation.

Avez-vous aussi remercié pour la médaille d’Yvetot ? Je vous en supplie, écrivez à Ginette. Tout le monde me boudera en Normandie. Déjà Bernard n’a pas remercié les Béal qui sont des amis si affectueux pour lui et pour nous (coquetier).

Répondez-moi par courrier ma chère petite Pucette, J’attends pour remercier Suzette et lui parler du voyage à Douai.

Nous espérons prochaines les nouvelles de votre santé et de celle de tous, ainsi que le poids de la reine. Je lui fais ma plus belle risette de grand-mère et notre plus tendre caresse à partager avec sa petite maman.

Notre souvenir à tous. Axxx  (la signature n’est pas lisible)

 Codicille : écrit dans tous les sens (sans doute pour économiser, non pas le papier, mais le poids de la lettre et donc le prix du timbre).

 Cadeau de Suzette : Un petit nécessaire – boîte à poudre – à savon – peigne – houpette – un jouet (hochet) en cellulo (celluloïd) rose pâle + brosse à cheveux – très mignon et drôle avec un petit savon et un petit parfum. J’attends réponse par courrier avant de remercier Suzanne.

Publié dans:Maurice et Alice |on 15 mars, 1926 |Pas de commentaires »

1924 Lettre d’Alice Lacassagne à sa belle-fille Andrée

Ma chère Andrée, vos deux lettres gaies et un peu folles nous ont causé le plus vif plaisir, d’autant plus vif ajouterai-je que nous étions sans nouvelles de Bernard depuis le 12 novembre, jour mémorable entre tous où ce méchant a daigné nous dispenser 15 lignes de sa prose. Ceci nous apprend bien peu de choses sur lui et sur vous. Je l’ai grondé très fort dans ma lettre d’hier de cette indifférence qui n’est qu’épistolaire, je me hâte de l’ajouter, connaissant à fond mon grand rêveur distrait.

Plutôt que de faire un puzzle avec ses états d’âmes successifs, il ferait bien mieux de songer que nous broyons du noir, inquiets de ne rien savoir de ce qu’il fait ni devient.

Ne vous tourmentez pas de son pessimisme, ce n’est ni grave ni profond ; une imagination tout au plus qui passera avec la grande jeunesse, c’est une réminiscence de romantisme entaché de Baudelairisme. A vingt ans, un intellectuel éprouve inconsciemment le désir d’être autrement que les autres, de poser vis-à-vis de lui-même. Ne lui dites pas surtout !

Encouragez le de toutes vos forces, pâmez vous de sa bonne mine, sa force et sa santé. Pour le reste, nous le secouerons de vive voix lorsque nous le verrons.

L’ignorance dans laquelle nous étions de votre adresse est la cause du retard apporté à vous féliciter, chère Andrée, pour la victoire remportée sur la chimie rébarbative que vous avez arrosée de vos larmes ce dernier été.

C’est très bien de travailler comme une petite fille courageuse et fière qui sait vouloir quelque chose. Tendez vos joues mademoiselle et recevez deux bons baisers paternels et maternels sur chacune que nous espérons fraîches et rebondies malgré votre travail.

Nous sommes très satisfaits que votre nouvelle patrie vous soit agréable et accueillante. Je veux croire que votre chère mère supportera sans encombre ce climat vraiment froid.

Si votre sœur et Douty s’y plaisent, tout ira pour le mieux si Monsieur Dupuis peut se consacrer d’avantage à sa famille.

Notre Givet est toujours notre Givet d’hiver, boueux et maussade.

Les malades sont nombreux, la consultation se prolonge jusqu’à 4 ou 5 heures et le docteur ne rentre pas avant 8 ou 9 heures chaque soir.

La Meuse vient de se retirer dignement de la maison et des rues, nous laissant trempés, salis et mécontents. Le sauvetage des poules a dû vous être raconté par Bernard ainsi que la chute dans la mare aux canards. Notre jardin est un bourbier ignoble, rempli de papiers et de détritus amenés par la remise. Une de mes amies a reçu deux caisses arrivées par leurs propres moyens. Les brochets s’étaient donnés rendez vous sous les fenêtres des D. à la grande joie de Jacky qui voulait pêcher.

Ce matin, je reçois une lettre désolée de mon grand Bernard. Pauvre chéri ! j’avais de la peine, je l’ai grondé un peu fort et le voilà s’accusant d’égoïsme monstrueux ! Personne n’est égoïste moins que lui, cher enfant, dites-le lui bien vous-même chère Andrée. Vous apprendrez à connaître sa grande bonté et sa douceur. C’est justement un excès de sensibilité dont il souffre depuis qu’il a dû soigner seul et voir mourir son cher vieux grand père. Consolez le et dorlotez le comme un grand gosse trop tendre que la vie fait souffrir. C’est par la tendresse que vous réussirez le mieux avec lui.

Dites à Bernard, cher petite qu’il est notre seule joie et qu’il nous a donné tant de bonheur depuis le jour où il est arrivé que je pourrais mettre un caillou blanc en songeant à chacun des jours écoulés.

Je compte sur vous pour transmettre nos caresses à notre grand et le rassurer un peu en maman.

Publié dans:Maurice et Alice |on 15 novembre, 1924 |Pas de commentaires »

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