Archive pour la catégorie 'Petites amourettes'

1938 : Dédée revisite les idéaux romantiques de sa jeunesse

Pour vous qui avez joué bien malgré vous le rôle du confident et sans comprendre la situation celui de médiateur, je tiens à écrire ce récit détaillé que vous ne lirez peut-être pas. Je suis comme vous le disiez hier très passionnée et j’aurais voulu le seul amour d’un homme aimé. Pourquoi les hommes sont ils sii décevants et tellement différents de ce que beaucoup de jeunes femmes attendent d’eux… 

Quand j’avais seize ans, je savais que je n’aurais qu’un amour et, malgré les années et les désillusions, je suis toujours la même et je mourrais de ne l’être. Je suis fidèle à mes rêves de jeune fille, fidèle aux principes que des traditions sévères m’ont fortement imposées, fidèle à mes croyances profondes que les moqueries, les sarcasmes et les incertitudes n’ont pu m’arracher. Je ne pourrais vivre autrement. J’ai vécu des années d’une enfance heureuse et insouciante au milieu de frères et soeurs beaucoup plus positifs que moi, tout entière livrée à mes tendances romanesques, rêveuses et mystiques dont personne ne s’est jamais souciée. Je recréais l’univers dans mon esprit pour moi seule, je savais que le mal existait, j’en imaginais les conséquences mais il me semblait qu’il ne pourrait jamais m’atteindre. 

Les plus beaux sentiments qui vivaient réellement en moi à l’état pur :1′amour, 1′amitié, 1′amour de la France, !’amour de l’humanité me semblaient exister autour de moi sous une forme rare et absolue. Au contraire j’avais en horreur l’égoïsme et l’intérêt, la cupidité de certains. Je savais évidemment que la majorité êtres humains étaient dominés par des instincts primitifs et méprisables mais ne doutais pas que certaines âmes d’élites pussent répondre parfaitement à mon idéal. Enfin surtout je désirais passionnément aimer et être aimée dans toute l’acception profonde et complète que ces mots signifiaient pour moi. Maintenant plus que jamais je pense qu’un grand amour unique porte en lui-même sa récompense, que le dévouement absolu à un seul être (pourvu qu’il en soit digne) suffit à une pauvre  vie humaine et que c’est à la fois par le don de soi et le renoncement qu’on peut le manifester. Mais sans doute peu d’êtres sont capables de le ressentir et bien peu aussi sont dignes de 1′inspirer. J’écris ces mots sans amertume, ils renferment pourtant le secret de bien des larmes et de bien des déchirements. À l’âge où beaucoup de mes amies rêvaient de leurs toilettes, de leurs plaisirs, confectionnaient patiemment leur trousseau et souhaitaient de rencontrer avant tout un mari riche leur assurant une belle position, je me défendais de penser à l’argent pour lequel j’éprouvais une horreur instinctive. 

           Je faisais de longues promenades à bicyclette sur le bord de la Seine ou dans les forets seule ou bien accompagnée d’un frère silencieux. La nature me donnait des joies violentes et profondes, des joies animales que je retrouve encore avec plaisir quoique trop rarement. J’avais la haine de tout ce qui est faux, conventionnel et artificiel, je me moquais du qu’en dira-t-on, je connaissais alors tout le sens du mot liberté sans me douter que les années passeraient m’entourant de milles petites chaînes, de mille entraves au milieu desquelles je me débattrais avec désespoir. Je n’avais aucun souci de toilette et j’avais un grand orgueil de me promener jambes et bras nus, les cheveux dépeignés par le vent, mes robes salies et déchirées par mes longues courses au travers des taillis. Les jeunes filles tranquilles et pomponnées que ma mère me citait en exemple me semblaient futiles et vaines et je rêvais d’un compagnon aussi sauvage que moi. Je dois dire qu’en ces années-là, j’inspirais de grandes passions timides à des gamins de quinze à seize ans qui me suivaient dans les rues, devenaient cramoisis dès qu’ils m’apercevaient et passaient vingt fois par jour devant ma porte. Pour les autres jeunes gens j’étais comme je le désirais le camarade un peu garçonnier auquel ils venaient faire des confidences. En général, mes études sur les moeurs et le caractère des hommes me donnaient une grande défiance à l’égard de certaine banalité de sentiments; je voyais autour de moi peu de ménages heureux; les bonnes fortunes de quelques uns étaient la risée du pays. On savait que certaines maîtresses de maison souffraient des goûts ancillaires de leurs maris. Bien des drames cachés se jouaient derrière la façade paisible des maisons blanches et, dès ce moment, je redoutais pour moi les suites d’un mariage malheureux. Je me méfiais de l’intensité de mes sentiments, je savais que si j’aimais quelqu’un avec passion, je serais blessée à mort par ses infidélités possibles. 

Je connus vers cette époque un de mes cousins, un peu plus jeune que moi. II était merveilleusement beau, intelligent et sous des dehors légers, tendre et sensible. Bien que très jeune encore, il plaisait à toutes les femmes. Dès nos premières rencontres, il n’eut de regards que pour moi, il voulut que je sois avec lui demoiselle d’honneur au mariage de sa soeur, ensuite à celui d’une jeune tante. J’éprouvais un grand plaisir à être près de lui, nous avions bien des idées et des sentiments communs, nous pouvions nous parler des heures sans nous lasser. Un soir à la fin d’un séjour qu’il fit chez mes parents, il me dit gravement :  » Andrée je vais faire mon service militaire. Si tu veux m’attendre deux ans nous nous marierons. Soyons fiancés tout de suite ». 

Mais je lui dis que c’était impossible, qu’il était trop jeune ; j’avais deux ans de plus que lui, c’était énorme et d’ailleurs il était trop bien, trop beau et me rendrait probablement malheureuse. Le pauvre Roger protestait de sa sincérité; il possédait une grande franchise, mais je pensais sévèrement que le temps et les tentations seraient de trop pénibles épreuves pour lui et je me défendis de toutes mes forces contre un sentiment partagé qui ne me semblait pas être durable. J’ai peut-être eu tort; la vie lui fut très dure en dépit des dons des plus séduisants qui lui furent prodigués; il fut atteint dans les années suivantes d’une longue et cruelle maladie dont il devait mourir à trente ans. Pour lui plus encore que pour tout autre une tendresse fidèle et dévouée fut nécessaire et lui fut plus tard un présent de son amer destin.  J’imagine qu’à cette époque même je devais avoir le pressentiment des horribles souffrances que le doute et la jalousie devaient me faire subir. Seulement j’avais une grande confiance en mon jugement, je pensais à force de pénétration échapper à toutes les ruses et à toutes les embûches. Je m’abandonnais en l’avenir avec un optimisme prodigieux et je ne doutais pas de rencontrer un jour la forme même de bonheur dont je rêvais. Il me semblait d’ailleurs que mon désir de trouver l’amour sincère et fidèle d’un être loyal était en somme bien modeste. La pauvreté, la misère des difficultés matérielles ne m’auraient pas effrayée et de toutes les richesses du monde, je ne souhaitais rien que le coeur d’un inconnu. 

 

Publié dans:Petites amourettes |on 27 février, 1938 |1 Commentaire »

Dimanche 27 Octobre 1918 : Ah ! les garçons !

Il est indispensable de noter tout ce qu’il m’arrive, et je suis donc bien forcée de reparler ici des histoires de Georges Muller, quoique je me sois bien promis en moi-même de ne plus en dire un mot sur ce cahier-ci.

Je pensais que cela n’en vaudrait plus la peine, mais je suis bien obligée, naturellement de raconter les incidents qui se produisent à ce sujet.

Eh ! bien, il y a eu exactement mardi huit jours (cela est à la fois éloignés et récent). Je ne sais plus sous quel prétexte, au sujet d’Annette, ce garçon m’a abordée. Il était à peu près 6h moins ¼ du soir et je passais rue Tarabit, revenant précisément de chez Annette. Je ne me rappelle plus exactement tout ce qu’il m’a dit, car il n’a pas voulu s’arrêter en si beau chemin et, pendant qu’il était avec moi, il a absolument voulu me suivre jusqu’à la maison. Naturellement, il ne s’est pas borné à me parler d’Annette qui ne servait ici que de prétexte. Il m’a aussi dit quelques mots sur Anne-Marie ; il m’a annoncé qu’il venait d’être ajourné au conseil de révision, que cela l’ennuyait car il aurait voulu aller à la guerre et d’autres choses encore.

Le lendemain, j’ai eu l’imprudence de sortir vers quatre heures, ce qui m’a fait rentrer vers quatre heures et demie. Nouvelle rencontre. Mais ce jour-là, il n’a pu me rattraper que rue trinité et il n’a pu me dire, en deux mots, juste avant d’atteindre la maison, qu’il aurait bien voulu me voir plus longtemps et qu’il s’ennuyait beaucoup de l’absence d’Annette.

Enfin, le jeudi suivant, en revenant de chez Suzanne Levy, même comédie ou à peu près, cette fois à 6h ½  et rue des quatre moulins (Dans la rue où habite les Dupuis) Seulement, la rencontre inopinée d’un de ses amis l’a heureusement empêché de venir me reconduire jusqu’à la maison.

Voilà les trois circonstances dans lesquelles Muller m’a adressé la parole et dans lesquelles j’ai eu le tort de lui répondre, ce qui l’a encouragé à me demander ainsi qu’il l’a fait, de revenir le trouver les autres jours. Je lui ai dit que je ne pouvais pas sortir le soir et que, d’ailleurs, il avait Annette à sa disposition pour cela.

Quoiqu’il en soit, j’ai rencontré, étant avec lui, le mardi, une petite couturière qui habite rue de l’ile ; le mercredi, le femme de chambre de chez Thorel ; le jeudi, des personnes que je n’ai pas reconnues mais que je ne connais pas. Peut-être ont-elles dit qu’elles m’avaient vue causant avec Muller, peut-être l’a-t-on su autrement, en tout cas, on l’a raconté à Mme Gellé qui a dit à Maman que j’avais des rendez-vous avec Muller et que je me promenais avec lui le soir.

Eh ! bien ! il y a du vrai là-dedans, puisque je lui ai parlé trois fois. Je dois dire que je n’ai rien fait pour l’empêcher de m’accompagner, que je lui ai même répondu, et même avec amabilité. J’aurais mieux fait de lui dire de me laisser tranquille et, certainement, il serait parti sans en demander plus, car il n’a pas réclamé lorsque j’ai refusé de rester plus longtemps avec lui. Si je ne lui ai pas dit de s’en aller, c’est que sa compagnie me plaisait et je suis forcée de reconnaître que j’ai fait un peu exprès, le lendemain, de sortir à une heure où je pensais bien le rencontrer. Le hasard m’a aidée, mais j’ai aussi aidé le hasard.

Dans tout cela, j’aurais beaucoup mieux fait de me tenir tranquille et de prier  Muller de faire de même. J’ai eu tort de m’amuser de lui et de le lui montrer, mais enfin, maintenant que c’est fait, je ne peux que regretter cela et ne plus voir ni Germaine, ni Annette, ni Suzanne ni Anne-Marie, puisque, à vrai dire, quand je suis avec elles, nous ne parlons que de Muller ou de Charles Villecoq, ou de toutes ces histoires-là.

Quant au reste, je ne peux pas empêcher les gens de Louviers de parler de moi et de broder sur la vérité ; car il y a de l’exagération et des erreurs dans ce que madame Gellé a dit à Maman , exagération en ce que je n’ai jamais eu, à proprement parler, de rendez-vous avec Muller, erreur en ce que je n’ai jamais parlé avec Muller sur le Champ de Mars. Cela aurait pu avoir lieu, mais l’occasion ne s’est pas présentée.

Voilà pour le passé : j’ai parlé à Georges Muller, je lui ai même parlé trois fois. Si c’est un crime impardonnable, je l’ai commis, il n’y a rien à redire là-dessus, je ne peux pas le nier, ni même l’oublier. Ce qui est fait est fait.

Pour l’avenir, eh ! bien ! je ne sortirai plus le soir, si ce n’est accompagné, et je ne verrai plus, ou presque plus Annette et Suzanne que je rencontrais le plus souvent et avec lesquelles je parlais surtout de tout cela.

Publié dans:Petites amourettes |on 10 décembre, 1918 |Pas de commentaires »

Une amourette : le fils du boulanger (1908)

Je ne tardai pas à retourner à Douai, après le départ de mon oncle et de ma tante. Là, je logeais chez ma tante Louise. C’est là que Monsieur Dupire, le fameux boulanger, habitait tout près. Je disais plus haut que j’avais voulu me marier avec son fils, Pierre. Pierre Dupire, donc, venait souvent chez ma tante Louise et, quand il n’y venait pas, j’allais, moi, le chercher.

Je ne prétendais pas prendre un bain, paraît-il, si Pierre n’était pas tout près de moi… Ce dernier détail m’a été donné depuis. Pour moi, je me souviens seulement que je ne voyais pas d’amusement possible en l’absence de Pierre.

Publié dans:Petites amourettes |on 21 décembre, 1908 |Pas de commentaires »

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