Archive pour la catégorie 'La guerre 1914 1918'

24 mars 1917 – Les alliés avancent dans la Somme

L’avance a continué dans la Somme, lundi, mardi et mercredi. Nous avons avancé de 35 kms à certains endroits, depuis Arras jusqu’à Soissons. 

On dit que les Boches font exprès de reculer pour gagner du temps et raccourcir leur front. Et, en effet, nous devons avoir touché leurs lignes de défenses, à présent, car ils commencent à résister. Nous ne les poursuivons plus, mais nous luttons contre eux pour essayer de percer leur front. Depuis jeudi, nous avançons très lentement et très péniblement, il est vrai, mais nous réussissons tout de même à avancer et à conserver ce que nous avons pris.

Nous occupons à présent Péronne, Chauny, Cergnier, Ham, Nesle, Noyen, Chaulnes et d’autres villes encore, et une quantité de villages. On dit que c’est la plus grande victoire depuis la bataille de la Marne. C’est un peu volontairement que les Boches ont reculé, mais aussi ils ont été poussés et précipités par nous car ils n’ont pas achevé l’évacuation de plusieurs villages.

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 20 octobre, 1917 |Pas de commentaires »

1917 juillet

Vendredi, je n’ai pas été en classe, parce que je commençais à avoir la flegme et, pour remplacer, je suis allée au marché avec Bonne Maman. A un moment, nous voyons un rassemblement de gens qui se bousculent et tendent avec avidité des paniers, des sacs, des filets, enfin tous les récipients possibles. Au milieu du cercle serré, un homme en bras de chemise qui gesticule et crie à pleins poumons : « cinq sous le kilo, les pommes de terre nouvelles, cinq sous le kilo ! » A côté de lui, un grand tas de pommes de terre et un amoncellement de sacs contenant également des pommes de terre. Entre temps, le bonhomme puise dans le tas avec un grand seau, pèse et verse le contenu dans les paniers présentés pendant qu’un autre homme reçoit l’argent.

Tout le monde se précipite, mais on ne peut avoir que 4 kg à la fois. Seulement, on peut revenir plusieurs fois. Les marchands ne sont pas assez attentifs pour faire une police très stricte. Nous nous sommes empressées d’y aller et nous avons pu récolter 20 kg.

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 20 juillet, 1917 |Pas de commentaires »

1917 juillet

Les Russes commencent à se réveiller. Ils ont pris dernièrement l’offensive, plusieurs villes et 15.000 prisonniers.

La France acclame enfin les troupes américaines débarquant sur son sol pour combattre pour la liberté ! C’est un succès brillant remporté par notre cause. Il y a longtemps qu’ils l’approuvaient…. de loin. Enfin ils se décident à prouver leur opinion d’une façon plus effective. « Bravo Teddy ! La victoire se rapproche peut-être »

Mon oncle Henry vient de passer huit jours de permission avec nous : il est arrivé samedi dans l’après-midi et est reparti aujourd’hui à 5 h.

 

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 19 juillet, 1917 |Pas de commentaires »

Lundi 19 novembre 1916

Il n’y a plus de charbon à l’usine à gaz. C’est toute la journée, maintenant, que l’on ne peut pas s’éclairer au gaz. En classe, nous allons avoir des lampes pigeon pour nous éclairer. Mme Loth engage les grandes à s’en aller à 3h ½ car on ne verra pas très clair pendant l’étude.

Jusqu’ici nous ne nous étions pas aperçu que c’était la guerre. A part les blessés que nous rencontrons, les soldats qui passent et qui s’en vont, Louviers n’a guère changé. Mais voici les privations qui commencent : plus de charbon, plus de gaz, et il paraît que nous allons manquer d’eau. Cela ne va pas être drôle. Enfin, dimanche, nous avons tué un cochon. Nous serons toute la semaine au régime du porc. Nous en avons la moitié, et Mme Peupion l’autre moitié. Le reste du lard a été salé puis mis à la cave. Nous ne mourrons pas de faim, surtout avec les provisions de poix cassés, de lentilles, de riz et de pâtes que l’on a faites pour cet hiver.

Les journaux nous ont appris ce matin que l’empereur d’Autriche, François-Joseph est mort. Le nouvel empereur s’appelle Charles VIII, je crois. Cela fait une belle canaille de moins sur la terre.

Nous avons reçus trois lettres de Jean Cartier qui est le filleul de Maman. Cela m’amuse de les lire. Il met des détails sur les batailles, et il dit que la guerre sera finie en janvier 1917.

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 23 décembre, 1916 |Pas de commentaires »

1916

Il paraît qu’en ce moment l’Allemagne demande la paix, mais on ne lui donnera pas, car, pour recommencer dans quatre ou cinq ans, ce n’est pas la peine !

 

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 19 décembre, 1916 |Pas de commentaires »

1er août 1914

11 juin 1914 – 17 juin – Les derniers jours de juillet – 31 juillet – 1er août 1914….

Oh ! L’angoisse mortelle qui plana sur tous les Français aux derniers jours de ce mois de juillet 1914 ! Je n’ai pas la prétention d’écrire ici l’Histoire de la guerre, d’autant plus qu’elle n’a eu sur moi qu’une influence, en somme, assez indirecte, mais je ne puis me dispenser d’évoquer l’anxiété terrible à laquelle nos esprits étaient en proie la veille de la guerre. Pour moi, personnellement, j’éprouvais des sentiments assez complexes ; peu de temps auparavant, encore, je souhaitais voir une guerre, une vraie guerre, ailleurs que dans les pages de mon Histoire de France et, jusqu’au moment où elle se présenta devant moi comme une réalité palpable, je n’étais réellement pas fâchée en songeant que bientôt je verrai un conflit que, plus tard (cela surtout me charmait !) je pourrais raconter à mes arrière-neveux… D’autres part, j’avais toujours compté sur des hostilités future avec L’Allemagne ; il me paraissait impossible que la revanche de 70 n’eût pas lieu dans un temps assez court. De la sorte, les premiers bruits de guerre ne m’étonnèrent pas plus qu’ils ne m’effrayèrent. En réalité, de telles pensées n’avaient d’autre excuse que celle de mes onze ans ; je dois ajouter que dès la fin de juillet, je cessai de prendre plaisir à voir réalisé mon souhait imprudent. Je fus aussi épouvantée en voyant le grand orage se déchainer sur l’Europe que si j’en avais été la cause directe.

La plus grande particularité de mon état d’esprit au cours de la lutte entre les principales puissances du monde est que jamais, à aucun moment, je n’ai douté de la victoire finale de la France. Il me semblait monstrueux, déraisonnable, insensé de songer qu’elle eût pu être vaincue et, même au moment les plus critiques des hostilités, ma certitude absolue ne m’a jamais abandonnée.

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 22 décembre, 1914 |Pas de commentaires »

1914 Consternation !

Je me rappelle bien les débuts de la guerre. D’abord, le 26 juillet 1914, nous avons appris la fameuse note de l’Autriche à la Serbie. Consternation générale !

Pour moi, je ne comprenais pas beaucoup ce que cela voulait dire. Je n’étais encore qu’une gamine de dix ans, et je me souciais beaucoup plus des vacances qui venaient de commencer que des questions de politique. La guerre n’était qu’un mot pour moi, et même… quand je pense qu’à ce moment-là, je la désirais presque à cause de l’Alsace-Lorraine. Maintenant qu’elle y est, je me console de tous nos malheurs parce que c’est la « Revanche ». Mais, enfin, elle n’y serait pas que je la souhaiterais beaucoup moins vivement qu’autrefois. En tous cas, j’allais bien consciencieusement plusieurs fois par jour à la Société Générale où étaient affichés les cours de la Bourse. J’ignorais leur signification, aussi n’était-ce pas pour moi que j’y allais, mais pour Papa et Maman.

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 20 décembre, 1914 |Pas de commentaires »

1914 – Mobilisation générale

Et le jour de la mobilisation, donc !

C’était un samedi, nous étions allés pendant l’après-midi chez madame Simon. Nous revenons le soir, et nous rencontrons monsieur Simon tout effaré :

Ça y est ! On l’affiche ! 

Il parlait de la « mobilisation »

Cette fois, nous nous sommes mis à courir pour arriver plus tôt ! Quelques centaines de mètres plus loin, nous rencontrons le tambour municipal qui clame de toutes ses forces l’épouvantable nouvelle, et, ensuite, un afficheur qui colle à la hâte les morceaux de papier, ornés de deux petits rubans tricolores, partout sur les murs. Tout le long du chemin, nous croisons des groupes éplorés, des femmes en larmes, des garçons attendris. Cela était tout à fait triste, mais il y eut des moments encore plus émouvants.

La guerre était inévitable, mais après tout, elle n’était pas encore déclarée, et la Russie tentait encore des arrangements, quand le lundi : crac ! L’Allemagne lui déclare la guerre. Le mardi, c’était à nous, et puis en même temps la note à la Belgique. Le mercredi, l’Angleterre déclare la guerre à l’Allemagne et la Belgique refuse de donner passage aux démons d’Alboches, comme l’on disait dans ce temps-là.

Brave petite Belgique ! Il n’y a pas à dire, mais elle a fait crânement son devoir, celle-là ! Elle s’est chiquement conduite et je l’aime beaucoup la Belgique !

Vraiment les événements n’ont pas traînés et, si j’avais écrit mon journal dans ce temps-là, j’en aurais eu à raconter ! J’ai oublié beaucoup de choses et, si j’écris tout cela aujourd’hui, c’est pour ne pas en oublier davantage.

Ensuite, il y eut le siège de Liège, et sa chute après une défense si magnifique ! Après Liège, il y eut Anvers, Bruges, Namur, Bruxelles et bien d’autres villes sont prises par les Boches, et voilà les ennemis qui menacent le Nord de la France.

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 18 décembre, 1914 |Pas de commentaires »

1914 – Les premiers jours de la guerre

Dans notre famille, nous n’avions aucun parent qui fût en âge de partir, à l’exception de quelques parents éloignés et des trois frères de tante Germaine dont l’aîné avait 30 ans et le plus jeune 21. Mon oncle Paul, en tant que pharmacien, ne nous inspirait pas d’inquiétudes ; mon oncle Henri ne faisait plus partie de l’armée active ; quant à papa, son infirmité nous enlevait toute crainte à son sujet.

Les premiers jours de la guerre s’écoulèrent avec assez de calme. Nous allions sur les boulevards pour voir passer les principaux habitants de Louviers qui avaient été réquisitionnés pour conduire des chevaux d’une ville à une autre et qui défilaient en caravanes, dirigeant chacun leurs chevaux.

Puis Louviers eut l’honneur d’héberger pendant quelques jours le 41ème régiment d’artillerie dont la garnison était Douai. L’un des meilleurs amis de papa, le capitaine Henri Wibault, en faisait partie. Aussi vint-il loger à la maison avec son ordonnance. Je me souviens un peu de lui : il était gai et aimable ; il jouait avec nous. Il fut, malheureusement tué au cours de la guerre.

Puis nous eûmes la visite pendant quelques jours d’un de nos cousins, Abel Cauliez. C’était un beau jeune homme blond et rieur dont le nom nous semblait si étrange que nous ne pouvions le prononcer sans rire. Le bon garçon ne se fâchait pas mais il riait avec nous et convenait qu’il n’était pas permis de s’appeler Abel !

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 15 décembre, 1914 |Pas de commentaires »

1914 – Fabrication des sacs de pansements

Pendant ce temps, la directrice de l’école communale de Louviers, madame Constant, avait organisé dans son école la fabrication de petits sacs de pansements pour envoyer aux soldats du front. C’étaient de petits sacs en toile grise que nous devions coudre, ou plutôt c’était les grandes personnes qui les piquaient à la machine. Puis, comme ils étaient, une fois piqués, tout attachés ensemble, nous devions les détacher. Les sacs étaient envoyés à une usine de pharmacie où on y mettait un pansement antiseptique. Ils nous revenaient alors ; nous joignions au pansement des épingles, nous fermions les sacs et nous collions des étiquettes sur chacun d’eux. Ces sacs étaient envoyés à des dépôts où on les distribuait aux soldats en partance pour le front. Si un soldat était blessé, alors il ouvrait son sac et pouvait y trouver tout ce dont il avait besoin pour panser sa blessure.

Beaucoup de personnes allaient comme nous faire des sacs, et il y avait aussi beaucoup d’enfants. D’ailleurs, la besogne n’était pas accablante et c’était même amusant. Quand nous en avions assez de travailler, nous allions jouer dans la cour de récréation.

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 5 décembre, 1914 |Pas de commentaires »

1914 – Premiers réfugiés

les nouvelles de la guerre, après avoir été bonnes au moment de la prise de Mulhouse, devenaient désastreuses. Les Allemands envahissaient la Belgique et avançaient vers le Nord de la France

Ce fut vers cette époque que, l’ennemi avançant toujours, les civils furent pris de panique et tournèrent les talons devant l’ennemi. Les Belges, les Français du Nord, cela se comprenait ; les Boches faisaient tant d’atrocités ! Mais ceux de l’arrière, quels capons de se sauver ainsi !

 Je me rappelle très bien l’arrivée de la cousine de Papa, ma tante Marie[1], avec Marie-Louise, accompagnée de deux de ses amies et d’un enfant, un garçon nommé Albert.

Un jour, nous étions occupés à nos sacs, quand Louise (la bonne) arrive à l’école et annonce à Maman qu’elle doit revenir tout de suite à la maison. Maman part en toute hâte et, le soir, quand nous sommes rentrés à notre tour, nous avons trouvé toute la famille.

Maman, pensant qu’elle aurait sans doute à recevoir, un jour ou l’autre, ma grand-mère et mes tantes, ne put offrir à tous ces gens l’hospitalité. Ils allèrent donc s’installer à l’hôtel, momentanément, puis tante Marie a loué une méchante petite baraque, sur le quai, où tout le monde s’est installé.

Les deux enfants sont venus travailler aux petits sacs avec nous. C’était Marie Louise qui en faisait encore le plus, car nous, nous ne pensions qu’à jouer et à manger les poires qui étaient dans le jardin de la directrice. Albert, qu’on appelait Toto, montait sur l’arbre pour nous en lancer et c’était notre principal passe-temps. Marie-Louise avait quatorze ans. C’était une jeune fille raisonnable qui nous dédaignait et préférait sa broderie à nos « jeux bêtes ». Albert avait onze ans. Il était abominablement taquin. Son plus grand plaisir était d’entrer à l’improviste dans la chambre de Marie-Louise lorsqu’elle faisait sa toilette, car il savait que rien n’était plus désagréable et n’offensait davantage ma cousine. Cette pauvre jeune fille en vit de dures avec Toto qui l’ennuyait sans cesse, pour notre plus grande satisfaction.

Lorsque ma tante Marie fut installée rue du quai, dans une petite maison mal commode et sommairement meublée, elle décida qu’à tour de rôle, Germaine, Pierrot, Douty et moi, irions dîner chez elle. Moi seule, hélas ! j’eus le temps de profiter de cette invitation. En effet, devant l’avance continue des Allemands, ma tante et ses amies prirent peur et décidèrent de partir pour le Midi. C’est ainsi qu’ils quittèrent Louviers pour les environs de Bergerac, 15 jours après leur arrivée inopinée à la maison.

Cependant, nous étions très inquiets au sujet de nos chers douaisiens, en voyant les Boches (on commençait à nommer ainsi les Allemands) prendre possession de toutes les villes du Nord. Après l’arrivée de ma tante Marie, nous nous demandâmes si Bonne-Maman n’allait pas s’enfuir elle aussi. Nous allions chaque jour à la gare, espérant, mais en vain, la voir débarquer avec mes tantes et mes cousins. Nous eûmes encore ensuite plusieurs fois de leurs nouvelles. Ils nous disaient qu’ils craignaient de voir arriver les Allemands sous peu dans leur ville, mais que, néanmoins, ils avaient confiance, que la guerre finirait bientôt et que la France serait victorieuse.

 

[1] Marie Briez, sœur de tante Germaine

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 22 novembre, 1914 |Pas de commentaires »

Louviers, 1914 : Mauvaises nouvelles venues de Douai

Un peu après l’arrivée de ma tante Marie, nous avons reçu une lettre de ma tante Germaine. Cette lettre était très triste. Nous étions tous réunis dans la salle à manger quand Maman nous l’a lue. Les Allemands étaient entrés pour la première fois dans Douai au milieu de Septembre 1914. La ville n’était pas défendue. Ils l’occupèrent trois jours, après quoi ils allèrent plus loin. La lettre de tante Germaine nous disait toute son angoisse, son anxiété à la vue des Boches. Elle parlait de leurs réquisitions et de l’orgueil de ces envahisseurs. Ils avaient pris l’auto de mon oncle Paul, et la pensée que l’ennemi de la France se servirait de leur voiture était ce qui l’attristait surtout dans cette perte. Je ne me souviens guère de cette lettre, mais je me rappelle que Maman pleurait en nous la lisant.

Publié dans:La guerre 1914 1918, Paul Delaoutre |on 22 octobre, 1914 |Pas de commentaires »

1914 – Panique à Louviers

Nous attendions d’un jour à l’autre l’arrivée de Bonne-maman (grand-mère Dupuis), de mes tantes Louise et Léa, de Marguerite et Loulou (enfants de Léa) ; mais ils ne sont arrivés que plus tard.

Enfin, un beau jour, tous les Lovériens furent pris de terreur de voir arriver les Boches dans leur belle ville et partirent à leur tour. Ma tante Marie voyant cela, Marie-Louise et les autres, prirent peur s’en allèrent aussi.

En cas de danger, Papa avait pour ordre de s’en aller à Rennes, et nous avec lui. Ça ne m’enchantait pas à l’idée de déménager à Rennes.

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 22 septembre, 1914 |Pas de commentaires »

Octobre 1914, Louviers : Encore une vague de réfugiés

(10 octobre) un matin, nous recevons une dépêche de Bonne-Maman. Elle était à Abbeville avec mes tantes, mes cousins et Jeanne (la bonne). Elle annonçait son arrivée pour le soir même.

Aussitôt, Maman se fait apporter un lit que madame Simonet, la femme du directeur du gaz, lui a gentiment proposé. Il fut placé au second, dans la chambre de Louise (la bonne) qui devenait celle de Bonne-Maman, Germaine et moi. Louise dont Bonne-Maman occupait le lit et l’appartement irait coucher dans la chambre d’Hélène, avec Jeanne (Hélène étant retournée chez elle l’année précédente. Une petite bonne de Louviers que Maman venait de renvoyer, Berthe, lui avait succédé pendant quelques mois). Tante Léa, Marguerite et Loulou allaient habiter notre chambre, à Germaine et à moi ; quant à tante Louise, elle logerait avec Pierrot dans la chambre d’amis.

Le soir même, toute la famille arrivait. Quelle arrivée !

Nous attendions dans la salle à manger. La porte s’ouvre, Bonne-Maman entre puis ma tante Léa, ma tante Louise, Marguerite et Jeanne avec Loulou, suivis de mon oncle Jules. Ils avaient quitté Douai le 2 octobre entre la 1ère invasion des Boches et la 2ème, en pleine bataille et bombardements, dans la voiture de mon oncle Jules. A Hénin-Liétard, ils avaient pris le train jusqu’à Dunkerque où ils étaient resté huit jours. Le bombardement les en avait chassés et c’est alors qu’après une nuit passée à Abbeville, ils étaient venus nous retrouver.

Interrogés sur les intentions de tante Germaine, ils nous dirent qu’elle avait, elle aussi, hésité pour savoir si elle partirait, mais elle s’était enfin résolue à rester chez elle, coûte que coûte.

Les tristes événements nous impressionnèrent beaucoup. Nous installâmes tous les réfugiés dans les appartements qui leur étaient réservés et nous décidâmes d’attendre en chœur les événements.

Pendant cinq ans, nous avons compté successivement sur chacune des quatre saisons de l’année pour mettre fin à l’occupation de Douai. Nous disions d’abord : « nous retournerons à Douai à la Toussaint » puis « ce sera pour après l’hiver » puis « ce sera pour l’été », « ce sera pour le printemps » et ce n’était jamais.

Heureusement, la bataille de la Marne a arrêté la marche des Boches sur Paris et nous n’avons pas eu à déménager sur Rennes. Naturellement, je ne le regrette pas.

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 15 août, 1914 |Pas de commentaires »

Lorsque nous rentrâmes en classe, nous trouvâmes Madame Loth (la maîtresse d’école) bien désemparée par le départ de ses fils pour la guerre. Trois d’entre eux partirent au premier jour : un prêtre dont le prénom bizarre m’échappe (il s’appelait Aloys) Georges, un musicien de Paris, père de quatre filles, et André, le plus jeune, qui mourut glorieusement en 1914 ou 15. En outre, plusieurs de ses beaux-fils partirent également pour servir la France. Monsieur Domingue en fut dispensé en raison de sa nombreuse famille ; monsieur Bréard dut s’en aller, de même que monsieur Esquerre qui avait épousé la plus jeune fille de madame Loth : Marie. Madame Loth n’avait donc pas tort de s’inquiéter.

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 5 août, 1914 |Pas de commentaires »

L’enfant et la guerre

Quand j’étais enfant, le mot de guerre ne correspondait dans mon esprit à aucune réalité. Les guerres appartenaient à l’histoire c’est è dire à des époques révolues et jamais ma pensée ne s’attardait à les évoquer, en dehors de leçons que je jugeais fastidieuses. Je pensais qu’il y avait use coupure totale entre l’histoire et la vie courante ; entre l’histoire, suite d’événements incompréhensibles, dont les dates m’obligeaient à un exercice pénible de mémoire, et la mythologie peuplée d’agréables récits, de créatures simples et biens définies, dont les aventures s’enchainaient avec logique, faciles à identifier dans les œuvres d’art toutes mes préférences allaient à la mythologie, et je comprenais mieux la guerre de Troie que celle de 1870. L’époque de me jeunesse fut celle du patriotisme et du panache ; le mot de revanche était employé avec prodigalité l’Allemagne apparaissait comme un pays entre tous haïssable et, dans tous les romans de l’époque, les allemands jouaient un rôle grotesque ou antipathique. Mais, ceci mis à part, je ne pouvais imaginer avant 1914 que je serais contemporaine de nouveaux conflits. C’est donc avec un intérêt très vif et même une espèce de fierté que, dans cet été de 1914, je vis venir les signes avant-coureurs de la catastrophe mondiale. J’avais 11 ans, pour moi une guerre ne pouvait être que victorieuse ; les visages consternés autour de moi, l’air soucieux de mes parents me surprenaient beaucoup : je me préparais à assister à la guerre comme à quelque spectacle de choix. Comment peu à peu ce mot de guerre qui me semblait exaltant arriva-t-il à perdre son prestige ? Il me fallut du temps pour réaliser.

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 27 février, 1914 |Pas de commentaires »
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