Archive pour la catégorie 'La guerre 1914 1918'

13 novembre 1918

Eh ! bien, cette fois-ci, c’est fait, c’est signé !

Le 11 novembre, lundi dernier, à 5 heures du matin, les délégués allemands ont apposé leur signature à l’écrit des conditions d’armistice que leur présentait Foch.

11 novembre 1918 ! Date à jamais célèbre dans l’Histoire qui marque la fin de la plus terrible des guerres que le monde n’ait jamais vues ! Le 11 novembre  à 11 heures du matin, les derniers coups de feu étaient pour toujours échangés !

Comment dire tout ce que cette phrase renferme de sous-entendus ? Comment dépeindre surtout la joie débordante qui partout a accueilli cette nouvelle !

L’armistice est signé.

L’armistice est signé ! Nous sommes vainqueur ! On ne se bat plus !

(…)

Alors, cela était donc possible ? On ne se battrait plus, on ne se tuerait plus, on ne se bombarderait plus ? Tous ceux qui avaient jusqu’ici échappé à l’hécatombe sanglante pouvaient se considérer comme sauvés ? On avait fini de trembler pour eux à tous les instants ?

(…)

L’armistice ! Et l’on s’embrasse, on rit et l’on pleure ! On danse, on chante la Marseillaise, la Brabançonne, God save the King, La Bannière étoilée et les autres chants victorieux, toujours vrais, toujours plus beaux en ce jour de victoire, qu’en n’importe quel autre jour de fête !

Oui, le jour de gloire est arrivé !

Oui, les Belges par leur courage ont reconquis leur Roi, leurs droits et leur liberté !

Yes, God save the King and he make him victorious!

Oui, la Bannière aux étoiles est toujours victorieuse !

(…)

Oui ! Les Boches peuvent se vanter d’être battus à plate couture, et il faut qu’ils le soient pour avoir accepté des conditions d’armistice aussi dures que celles que nous leur avons imposées.

Vive la France et vivent les Alliés !

Vive Foch, et vive Clémenceau, et Hurrah for Wilson ! Quand aux Allemands ils ont l’air plutôt en fâcheuse posture. Guillaume a démissionné, l’Allemagne devient une sorte de république assez vague encore qui nous prie piteusement de la ravitailler et de hâter la conclusion de la paix.

 

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 20 décembre, 1918 |Pas de commentaires »

Novembre 1918 : les Allemands font leurs bagages

Je serais curieuse de voir la tête des Boches en ce moment. A vrai dire, j’ai pu me payer un peu ce régal hier, car des prisonniers étaient occupés à décharger du bois chez la boulangère, pendant que, précisément, chacun dans la rue des quatre moulins commentait le bruit du jour. L’un des deux riait, mais l’autre avait un air sombre. Tout d’un coup, passe un bonhomme qui crie aux Boches :

- Kapout, Allemands ! Kaiser, kapout ! Allemagne finished ! Plus d’Allemands ! Français victorieux ! Allemagne foutue, guerre finie !

Et l’homme sombre a crié le mot de Cambronne en menaçant le passant de lui lancer son bois à la tête. Mais il n’a pas osé le faire, et a été obligé de rentrer sa colère…  Et, un instant plus tard, il a dit à son camarade en français :

- La guerre finie, que fais-tu ?

L’autre a répondu :

- Moi, je cours voir mon épouse

Et l’homme sombre a ajouté :

- Eh ! bien ! non ! Je resterai ici, toujours, tant pis, je ne pourrai pas retourner en Allemagne. Ah ! bien ! Ah ! bien ! Ah ! bien !

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 18 décembre, 1918 |Pas de commentaires »

Novembre 1918 : Vive Clémenceau et le Général Foch !

Texte de la loi votée hier au Sénat

 

Article I :

Les armées et leurs chefs

Le gouvernement de la République

Le Citoyen Georges Clémenceau, président du Conseil et ministre de la guerre

Le maréchal Foch, généralissime des armées alliées

Ont bien mérité de la patrie

 

Article II

Le texte de la présente loi sera gravé pour demeurer permanent dans toutes les mairies et dans toutes les écoles de la République.

 

Et, de fait, je ne sais pas où nous serions aujourd’hui si nous n’avions pas eu Clémenceau pour diriger le gouvernement, lui rendre un peu d’ardeur et d’énergie, et si nous n’avions pas eu un commandant unique des armées dans les mains de Foch.

Ces deux-là ont sauvé la France.

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 17 décembre, 1918 |Pas de commentaires »

Octobre 1918 : l’Allemagne demande la paix !

Autres nouvelles, plus graves et plus sensationnelles que j’aurais dû inscrire en tête de mon journal d’aujourd’hui sans les incidents qui sont les faits du jour : l’Allemagne demande la paix.

Il ne faut pas prendre cette nouvelle pour plus importante qu’elle ne l’est avec un adversaire comme le nôtre : cette demande a été faite avec un zeste de condescendance, sous les apparences d’une offre. Mais ce n’est pas une offre, quand même, c’est bien une demande ; l’Allemagne se sent vaincue ; peut-être n’a-t-elle pas le courage d’une nouvelle campagne d’hiver ; peut-être juge-t-elle que de toutes façons, c’est à elle de faire les premiers pas et que le plus tôt sera le mieux. Mais elle n’est pas encore tout à fait abattue et, même, à supposer que la paix ne lui soit pas accordée, elle résisterait encore pendant assez longtemps peut-être, avec toute l’énergie du désespoir et nous aurions encore à subir leurs durs assauts.

Mais il n’en reste pas moins vrai que nos ennemis sont maintenant en notre puissance et qu’un jour ou l’autre il leur faudra bien se soumettre à nos volontés.

A la note de l’Allemagne adressée samedi dernier au président Wilson, « l’apôtre du droit », le président qui, décidément est un chic type, a répondu par une autre note en disant qu’il accorderait à l’Allemagne la paix selon  les prescriptions déjà dictées par lui, et une armistice générale (que l’Allemagne réclame également) permettant de commencer les discussions de paix, mais ceci moyennant l’évacuation des territoires envahis.

Nous attendons à présent la réponse de l’Allemagne. En attendant d’évacuer volontairement, l’armée du Kaiser est repoussée pas à pas des territoires occupés par les troupes françaises, anglaises, belges et américaines. Chaque jour, presque, enregistre de nouvelles victoires : Cambrai, St Quentin sont entre nos mains.

Mais quand on voit l’état dans lequel l’ennemi dans sa rage a mis toutes ces belles cités, on se demande ce qui restera après la guerre de tout ce pays, de ces villes prospères, de cette campagne riche. Ils paieront, ils rembourseront, a-t-on dit. Mais il y a des choses qui ne se paient pas ; il y a des choses que tout l’or du monde ne saurait rendre ni même remplacer.

Et, quand même cela pourrait être, il y aura toujours la douleur des mères sans enfants, des épouses sans maris, des fiancées veuves au voile blanc, des enfants sans père… il y aura toujours pour la France meurtrie la perte de plusieurs millions de jeunes hommes valeureux, fauchés dans l’âge le plus brillant, qui étaient destinés à former l’élite de la race française.

Par quoi, par qui, celui qui a voulu ces choses pourra-t-il nous rendre cela ?

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 15 décembre, 1918 |Pas de commentaires »

Vendredi 18 octobre 1918 : Douai est libéré !

Douai est pris ! Douai est pris ! Douai est pris !

Depuis quatre ans passés que nous attendions cette nouvelle ! Depuis quatre ans que, pour la première fois, les Allemands sont entrés dans notre ville, voici enfin la délivrance arrivée !

C’est hier, jeudi 17 Octobre 1918, date à jamais mémorable dans l’histoire pour beaucoup de raisons, que les Douaisiens fidèles à leur ville (nous voulons croire qu’il en est de restés chez eux jusqu’au bout ! malgré tout !) que les Douaisiens fidèles à leur ville, dis-je, ont vu planer de nouveau le drapeau français sur leur beffroi.

Nous avons appris cette nouvelle hier au soir : on avait téléphoné de Paris à Mr Toulemonde pour lui annoncer la victoire alliée qui libère du même coup : Lille, Douai, Ostende, sans compter beaucoup d’autres villages, qui met les anglais aux portes de Roubaix, Tourcoing, sur la route de Bruges, et qui les mène rapidement sur le chemin de la victoire totale et… finale.

J’ai été aussitôt à l’usine Toulemonde pour savoir si cette nouvelle, qui avait circulé dans la ville, était exacte, et on m’a confirmé que Mr Toulemonde l’avait reçue de Paris, où elle était arrivée à 3h. Ce matin, les journaux nous ont donné de plus amples détails, sur quoi, joie extraordinaire !

Nous avons mis le drapeau au balcon en signe de victoire, nous avons cherché des fleurs au jardin pour décorer la maison en signe de réjouissance, nous avons bu une bouteille de champagne au déjeuner, bouteille précieusement conservée depuis longtemps en prévision de la victoire d’aujourd’hui et, enfin, nous avons joué au piano et chanté toute la matinée la « Mardeillaise », Germaine, Marguerite et moi, en L’honneur de Lille et de Douai !

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 14 décembre, 1918 |Pas de commentaires »

Octobre 1918 : Douai est libéré ; pauvres Lovériens

Victoire ! Victoire ! Victoire ! (Douai est libéré)

Voici ce que nous voudrions pouvoir crier sur les toits ! ce qui est exaspérant, c’est de voir tous ces braves Lovériens avec une physionomie d’indifférence tranquille qu’ils ont toujours eue depuis le commencement de la guerre, à part aux deux époques périlleuses de la guerre où ils ont pu croire leur bonne ville menacée par l’avance allemande et au moment où les Gothas[1] les ont fait craindre pour leur peau. Dans ces diverses circonstances, l’expression impénétrable et placide de leurs faces normandes s’est changée en un air d’effroi et de stupeur non dissimulés, mais ils ne trouvent pas le moyen de se réjouir de ces grandes victoires qui pourtant devraient bien les toucher un peu. Ils n’ont même pas pavoisé, si ce n’est de place en place. Enfin, ce sont des Normands et ils ne peuvent pas changer. Espérons seulement que nous les quitterons bientôt pour toujours ! Et puis, après tout, nous n’avons pas besoin qu’ils trouvent le même bonheur que nous aux joies qui nous arrivent en ce moment, mais, cependant, cela devrait les réjouir aussi.

 


 

[1] Les Gotha G étaient une famille de bombardiers biplans allemands durant la Première Guerre mondiale

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 10 décembre, 1918 |Pas de commentaires »

19 octobre 1918

Ce matin, nous avons appris par les journaux la nouvelle de la prise de Roubaix, Tourcoing, Bruges et Wassigny, nouvelle arrivée d’ailleurs hier au soir chez Mr Toulemonde. Nous marchons de victoire en victoire et il paraît que Lille, Roubaix et Tourcoing sont intacts ou à peu près. Douai doit avoir souffert davantage, mais, puisque les Anglais ont mis le drapeau tricolore sur le beffroi, c’est que le beffroi existe encore.

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 9 décembre, 1918 |Pas de commentaires »

10 mai 1917

Si tout cela continue, il ne nous reste plus qu’à mourir de faim avec bravoure et gaieté ! On déclare partout que la récolte en blé ne sera pas fameuse, toutes les terres ayant été gelées par le froid. Nous qui avions tant besoin d’une bonne récolte pour nous remettre un peu ! On prend de tous côtés des mesures pour prévenir une pénurie de farine : plus de pâtisserie du tout ! jusqu’à la fin de la guerre. Les pâtissiers ne doivent vendre ni gâteaux frais, ni gâteaux secs. S’ils veulent, ils peuvent laisser ouverte leur boutique (excepté les mardis et mercredi) et vendre des gâteaux sans farine ! Mais je crois qu’ici, ils vont fermer. Et puis, on a droit à 125g de farine par jour et par famille pour la cuisine. Les boulangers doivent faire une liste de leurs clients avec le nombre de personnes chez chacun. On leur donnera d’après cette liste quantité déterminée de farine pour leur pain. Cela n’est pas encore grand’ chose après tout. Je pense même qu’il y a longtemps qu’on aurait dû supprimer les gâteaux. On ne serait peut-être pas obligé aujourd’hui de limiter le pain. Ce qui est consolant c’est que les Boches en ont encore moins que nous et qu’ils n’ont pas l’espoir que l’Amérique leur en donne. Et quand même ! Nos soldats luttent bravement pour empêcher les Boches de venir jusqu’à nous. C’est à nous de montrer que nous sommes dignes d’eux ; nous tiendrons jusqu’au bout et malgré tout et nous ne nous reposerons que lorsqu’ils auront écrasés nos ennemis !!!

Il y a eu encore une offensive anglo-française la semaine dernière. De notre côté, il y a eu environ 5000 prisonniers. Craonne (point très important) est pris et nous sommes sur le plateau du chemin des Dames. Les Boches font beaucoup de contre-attaques, ce qui prouve combien ils tenaient à ces positions. Je crois que nous comme nos alliés avons le plus vif désir d’en finir et que nous chasserons bientôt l’envahisseur du sol de France. Nos attaques sont trop rapprochées pour qu’il n’en soit pas ainsi.

La « petite Poste » ne marche plus, car les insertions dans les journaux sont interdites, par crainte des espions. Cela fait que la mienne ne paraîtra pas et que je désespère pour ma correspondante anglaise. I will never write in England.

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 24 décembre, 1917 |Pas de commentaires »

Avril 1917

Il est arrivé hier 400 évacués des pays repris du côté de Saint-Quentin. Les pauvres gens n’ont plus rien. Leur maison ont été brûlées par les Boches et ils sont tous habillés de haillons. On les a installés provisoirement à l’Emaillerie où les infirmières les ont soignés. Ils étaient fatigués et affamés que ça faisait pitié. Il y en a des quantités qui sont venus acheter du pain et du chocolat chez la boulangère, si bien qu’au soir elle n’avait plus rien. Beaucoup sont venus au bureau de Papa pour changer des billets de leur village et des bons de réquisition.

Depuis quelques jours, il fait un temps épouvantable. Aujourd’hui, il neige à gros flocons. Les rues sont de véritables lacs et c’est très désagréable quand on sort.

Hier soir, nous avons appris par les journaux que l’Amérique était décidément en guerre contre l’Allemagne. Après presque deux mois de pourparlers, ce n’est pas malheureux ! Ils nous aideront sans doute beaucoup en nous donnant des munitions qu’ils nous faisaient payer très cher. Puis ils nous enverront de l’argent et des soldats. En tous cas, les Boches seront très démoralisés en apprenant cela.

Nous avançons toujours, très lentement, et nous nous battons devant St Quentin qui sera peut-être pris un de ces jours. Les Anglais eux aussi avancent bien, mais on dit qu’ils n’ont pas encore atteint la position Hindenburg[1].

Ce matin, nous sommes allés à l’Emaillerie voir les évacués. Nous leur avons donné toutes nos affaires de poupée qui peuvent aller à des petits enfants et de vieux habits à nous. Il y en a qui sont bien misérables et ils racontent des histoires très tristes : un officier Boche a mis une femme devant lui pour se garantir des balles françaises. La femme a été mortellement blessée et elle avait deux enfants ! La mère de cette malheureuse s’est jetée dans un puits en voyant sa fille tomber. C’est épouvantable !!!!

Nous avons six poussins depuis ce matin. Deux sont nés hier et quatre cette nuit. Je ne les ai pas encore vus.

 

 


 

[1] Ouvrage de tranchées fortifiées, de près de 160 kms de long, qui, pour le Haut Commandement Allemand, doit être un front inviolable

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 23 décembre, 1917 |2 Commentaires »

15 avril 1917: Offensive anglaise

Il y a quelques jours, nous avons appris une grande nouvelle : l’offensive anglaise a commencé du côté de Lens ; la crête de Vimy, soi-disant presqu’imprenable, est en partie entre nos mains. Papa dit que la libération de Douai n’était plus qu’une question de jours, mais il faut que toutes les villes du Nord soient délivrées le soir même pour que les Boches n’aient pas le temps de tout piller et de tout saccager.

Puis, les Anglais ont pris plusieurs petits villages, Arras est dégagé et le front en est éloigné de 8 kms. Mais toujours rien de Douai !

Et puis nous avons appris plus tard que le mauvais temps avait ralenti les opérations anglaises. On annonçait que nos alliés avaient malgré tout progressé vers Lens et, un matin, toute la crête de Vimy était à nous. 6 villages dont Bailleul étaient repris, Lens était encerclée, la bataille se livrait avec acharnement dans la plaine de Douai. Enfin nous nous reprenons à espérer que la délivrance approche. Cet assaut des Anglais était tout à fait subit et inattendu par les Boches et, depuis 5 jours, nous avons fait 13.000 prisonniers, plus de 200 canons et mitrailleuses. Tous les soirs nous allons voir le communiqué affiché à la mairie et on dit que les Anglais ont encore avancé. Le Nord sera peut-être bientôt délivré.

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 22 décembre, 1917 |Pas de commentaires »

1917 Janvier

 Il paraît que les pâtes de brioche sont faites avec de la vaseline. Cela m’en dégoute tout à fait.

J’écris ces quelques mots à la hâte. Nous étions réunis chez Cécile Peupion il y a une demi-heure, quand Mr Peupion arrive en disant que l’on doit prendre ses précautions car il y a des zeppelins sur Evreux. Aussitôt les amies de Cécile Peupion ont fait leurs préparatifs pour rentrer chez elles et en cinq minutes, nous étions toutes parties après nous avoir dit adieu.

Les boutiques et les usines sont fermées ; la laitière et Mme Souplet nous ont donné les mêmes nouvelles que monsieur Peupion. J’ai entendu sonner le tocsin en revenant. Enfin tout est dans l’attente des zeppelins. Il faut tout de même espérer qu’ils s’en iront sans passer par ici. Les sales bêtes !!!

J’oublie de dire qu’il n’y a plus ni sel ni sucre dans les épiceries. Nous allons avoir des cartes de sucre : 750 g par mois et par personne.

Jeudi, le 18 janvier 1917

Je crois que nous avons eu beaucoup de craintes pour rien avec ces zeppelins. Il paraît que c’était une fausse alerte et que les Boches ne sont pas allés jusqu’à Evreux. Loin de là ! Cela n’empêche qu’à Paris, en organisant la défense, un aviateur s’est tué.

Louviers se tenait réellement bien sur ses gardes. Toutes les boutiques étaient fermées, l’électricité éteinte, et le gaz baissait fortement. Les usines ont été prévenues et, chez Breton, les ouvrières sont sorties au signal d’alarme. Comme elles étaient sans lumière, elles sont rentrées chez elles avec des petites bougies. On dit que plusieurs personnes sont descendues dans leur cave. Monsieur Breton y est resté de 6h à 8h ¼. À cette heure-là, le tocsin a encore sonné avertissant que tout était fini.

La crise du sucre se fait toujours sentir, mais on en a donné cet après midi, de midi à 2h et de 5 à 7. Nous y sommes allées l’une après l’autre, moi d’abord, ensuite Jeanne (la bonne) puis ma tante Louise, ma tante Léa et Maman. On nous fait entrer par une porte, suivre la queue, arriver à un comptoir où l’on nous donne un kilo de sucre. Par exemple, il faut avoir ses 33 sous de monnaie, sans quoi on vous renvoie. Enfin on sort, toujours suivant la file. Un sergent surveille l’entrée, un autre la sortie. Comme on ne prend pas les noms, nous avons pu avoir chacune 1kg, en tout 5 kg.

Le beurre fait tout à fait défaut. Il est taxé 2Fr50, mais les paysans ne veulent pas le vendre à ce prix. Ils le vendent 3Fr40. De là, disputes entre les acheteurs et les vendeurs. Il y en a qui se sont battus au marché.

 

 

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 20 décembre, 1917 |Pas de commentaires »

Avril 1917

Le communiqué britannique de ce matin annonce la prise de Liévin et de la cité Saint-Pierre, faubourg de Lens. Cette ville tombera sans doute bientôt et le reste aussi. Quel bonheur !

Mon oncle Henry est arrivé ici ce matin en permission pour sept jours. Il dit que l’offensive de son côté va commencer ce soir. Tant mieux ! Parce qu’ainsi on va serrer les Boches de tous les côtés à la fois.

En attendant, il est temps que la guerre finisse. Voilà que nous avons deux jours sans viande, le jeudi et le vendredi. Et puis aussi la pâtisserie fraîche va être interdite, mais cela m’est assez égal. Après tout, je veux bien faire des « sacrifices » pendant la guerre (nous sommes encore des privilégiés auprès de ceux de la guerre de 1870) mais à condition que ce soit utile à la défense nationale.

 

 

 

 

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 20 décembre, 1917 |Pas de commentaires »

Janvier 1917 : le froid

Il paraît qu’à Paris les gens sont très malheureux, sans charbon du tout, avec le froid qu’il fait depuis quelques jours. Il y a de véritables batailles chez les marchands de combustibles et, à la pension de Paulette, il n’y a pas de feu pendant les classes. Dans le dortoir on a trouvé un soulier d’enfant rempli de glace !

En effet, depuis lundi, il fait extraordinairement froid. Lundi, au matin, il faisait 8° au-dessous de zéro, et, mercredi, moins 11°. Aussi, il est très ennuyeux de se lever à 7h pour aller à la leçon de Mr Lannes.  Ici, il n’y a plus de charbon, rien que du poussier, et guère moyen de se procurer autre chose. Aussi, depuis qu’il fait si froid, allumons-nous le feu du vestibule, mais au bois et se seulement le soir pour la nuit. J’ai des engelures aux mains et aux pieds, et c’est fort désagréable. Raymonde Cottard en avait 14, mais elle a acheté une pommade chez un pharmacien et, au bout de huit jours, elle n’avait plus rien. Je vais acheter aussi de cette pommade. Toutes les élèves de Mme Loth en ont acheté aussi. Aussi Mr Lamoureux pourra faire fortune avec sa pommade.

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 18 décembre, 1917 |Pas de commentaires »

30 avril 1917, 1000ème jour de la guerre

L’offensive en Champagne a commencé depuis deux semaines et, dès le premier jour, nous avons fait 10.000 prisonniers. En ce moment, nous en avons 19.000 ou 20.000. Avec ceux faits par les Anglais, nous atteignons presque le chiffre de 40.000 depuis le début des diverses offensives.

Toute cette semaine, nous avons passé des alternatives d’espoir et de désespoir, selon que l’offensive anglaise s’arrête ou reprend. Samedi, la bataille faisait rage au Nord de la Scarpe et on a pris Arleux-en-Goëlle. Oppy (le pays de Jeanne, la bonne de tante Léa), était encerclé, et ce soir je suis allée voir le communiqué : rien du tout, à l’exception d’un « coup de main heureux qui a permis de faire de nombreux prisonniers ». Cela finit par être d’une lenteur affreuse. Il paraît que les Anglais aperçoivent au loin les clochers de Douai, à 16 kms. Mais quand y seront-ils ? Je voudrais avoir 40 ans pour le savoir !

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 15 décembre, 1917 |Pas de commentaires »

Février 1917

Tout le monde dit partout qu’il va y avoir un grand coup très prochainement. Il y a eu paraît-il une conférence des ministres à Petrograd pour le front d’orient, et une à Rome pour le front d’occident. On va donc peut-être attaquer sur tous les fronts en même temps. Si l’on pouvait réussir et si nous pourrions retourner à Douai bientôt !

L’Allemagne a déclaré la guerre sous-marine à outrance et tous les neutres sont contre elle. Ils feraient bien de lui déclarer tout de suite la guerre. D’ailleurs, les Etats-Unis n’ont pas manqué de prétextes pour cela, depuis le torpillage du Lusitania[1].

Il fait toujours très froid. Il y a 8, 10, 15 et même 18° au-dessous de zéro. A Belfort, il y a eu -22°. Voilà déjà trois semaines que cela dure, et il paraît que c’est partout la même chose, même dans le Midi. Toute l’eau est gelée et la Seine elle-même est prise. C’est épouvantable.

Nous avons dû aller chercher les bons de sucre : une livre par personne pour le mois de février, ce qui n’est pas énorme. Nous commençons à avoir des privations : plus de sucre, plus de charbon ; les pâtisseries fermées les mardis et mercredi ; une quantité de trains supprimés et je ne sais quoi encore. Il paraît que l’on a manqué de pain à Boulogne. Cela par exemple, ne doit pas être amusant.

 

 


 

[1] Le Lusitania est un paquebot transatlantique britannique. Son torpillage par un sous-marin allemand, le 7 mai 1915, au large de l’Irlande, avec plus de 1 200 passagers (dont près de 200 Américains) et un chargement secret de munitions semble avoir fortement contribué à l’entrée en guerre des États-Unis.

 

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 23 novembre, 1917 |Pas de commentaires »

24 février 1917 : plus de pain !

C’est aujourd’hui le dernier jour où nous pouvons manger du pain frais et des petits pains régence, etc. A partir de demain, il n’y a plus que du gros pain rassis et je n’aime pas cela du tout. Déjà depuis quelques temps, le pain était fait avec toutes sortes de farines et bien moins bon qu’avant. Cela ne fait rien, nous ne sommes pas encore aussi mal nourris que les Boches.

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 10 novembre, 1917 |Pas de commentaires »

15 mars 1917, Louviers

Depuis plusieurs jours on entend ici le canon comme on ne l’a peut-être jamais entendu. C’est un roulement sourd, mais très distinct et ininterrompu, si fort qu’il fait trembler les vitres des fenêtres. Pourtant les communiqués ne parlent de rien, si ce n’est d’une attaque peu importante des Boches à Verdun, heureusement repoussée par nous. Si, cependant, cette canonnade provenait d’une offensive des Anglais, et si Douai était bientôt débarrassé ! Quel bonheur ce serait !

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 4 novembre, 1917 |Pas de commentaires »

Mai 1917

Les Anglais ont fait ces jours derniers une offensive malheureuse. Je crois que c’est à cause du temps qu’elle n’a pas marché. Et puis voilà que les Russes, occupés de leur révolution, n’ont plus l’air de penser à se battre. Ils commencent à nous lâcher. Je suppose tout de même qu’ils n’iront pas jusque là.

Il fait très chaud depuis quelques jours. Si cela continue, cela sera intolérable. Où est le temps où nous nous plaignions du froid ? À ce temps-là, il y avait journellement -8° au thermomètre. Maintenant, je suis sûre qu’il y a trente. La moyenne entre les deux est de 17°. S’il y avait toujours eu 17°, personne ne se serait plaint.

Pourquoi n’invente-t-on pas un appareil emmagasinant du froid en hiver, du chaud en été ? Cela doit être possible, après tout

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 1 novembre, 1917 |Pas de commentaires »

Mars 1917 – Réflexions d’Andrée sur les événements politiques et militaires

Bapaume est pris par les Anglais ! Cela est une très belle victoire (bien qu’il ne reste guère que des ruines dans le village) parce que l’on dit qu’il est impossible aux Allemands de garder Douai, Cambrai et le reste, s’ils n’ont pas Bapaume[1] qui est le centre de toutes les communications. Si cela était vrai ! La délivrance serait proche.

En ce moment, il y a des troubles en Russie. La Douma (chambre des députés) à forcé le tzar Nicolas à démissionner. C’aurait été le tzarevitch Alexis, qui a treize ans, qui aurait régné avec le grand duc Michel, son oncle, comme régent. Mais Nicolas ne voulant pas se séparer de son fils, le grand duc Michel sera empereur seul ; cet événement est peut-être heureux, car, de cette façon, le gouvernement sera plus fort et activera les opérations. Néanmoins, je trouve que Nicolas s’est très bien conduit au commencement de la guerre.

Le Général Lyautey, ministre de la guerre, a démissionné, il y a quelques jours, à cause de l’opposition des socialistes à ce qu’il voulait faire. Il est bien malheureux qu’en des temps si critiques les députés ne laissent pas les ministres se débrouiller comme ils l’entendent et, qu’à tant d’autres préoccupations, ils leur ajoutent celles de se défendre contre la chambre.

Encore une autre démission très ennuyeuse : celle de Briand, ministre des affaires étrangères. Briand était un très bon ministre et c’est lui qui a encouragé l’Italie à se mettre en guerre, il y a deux ans. Il nous a été aussi très utile en Orient. Enfin, tout cela est très malheureux.

Tout le monde déclare qu’il faut faire de la culture, sans cela nous manquerons de légumes l’hiver prochain. Ce n’est déjà pas très abondant cette année. L’on fait bêcher ses pelouses et cultiver ses jardins. Il paraît qu’à Nice, au lieu de planter des champs de fleurs, on mettra du blé et des pommes de terre. Là-bas, les élèves des lycées vont l’après-midi faire du jardinage. C’est bien dommage que chez madame Loth on n’en fasse pas autant !

 


 

[1] J’étais avec les Australiens ce jour-là alors qu’ils déferlaient sur Bapaume, et ils montraient leurs trophées comme des hommes à une foire de campagne […] Je me rappelle un colonel australien qui arriva à cheval avec une chope à bière allemande accrochée à sa selle […] Le jour suivant, malgré les obus qui éclataient encore dans les ruines, des garçons australiens exposèrent des décors peints qu’ils avaient trouvés dans les décombres et y inscrivirent à la craie « Coo-ee Theater » (« Coo-ee » est un appel qu’on lance dans la brousse australienne pour retrouver ses amis)

Philip Gibbs, Now It Can Be Told, (Maintenant, on peut raconter) Londres, http://www.gutenberg.org/dirs/etext02/nicbt10.txt

 

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 24 octobre, 1917 |Pas de commentaires »

Mars 1917 – Louviers

Un régiment de soldats est arrivé à Louviers hier. Il y a des officiers très chics dans toutes les rues de la ville qui se promènent, flânent, le nez en l’air, visitent les rues et l’église. Ils ont des binocles, des guêtres jaunes et des pantalons rouges avec l’uniforme bleu horizon. Epatant ! En vérité, ils feraient mieux l’aller au front que de parader ainsi !

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 23 octobre, 1917 |Pas de commentaires »
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