Archive pour la catégorie '02 – 1914-20 Adolescence'

1938 : Dédée revisite les idéaux romantiques de sa jeunesse

Pour vous qui avez joué bien malgré vous le rôle du confident et sans comprendre la situation celui de médiateur, je tiens à écrire ce récit détaillé que vous ne lirez peut-être pas. Je suis comme vous le disiez hier très passionnée et j’aurais voulu le seul amour d’un homme aimé. Pourquoi les hommes sont ils sii décevants et tellement différents de ce que beaucoup de jeunes femmes attendent d’eux… 

Quand j’avais seize ans, je savais que je n’aurais qu’un amour et, malgré les années et les désillusions, je suis toujours la même et je mourrais de ne l’être. Je suis fidèle à mes rêves de jeune fille, fidèle aux principes que des traditions sévères m’ont fortement imposées, fidèle à mes croyances profondes que les moqueries, les sarcasmes et les incertitudes n’ont pu m’arracher. Je ne pourrais vivre autrement. J’ai vécu des années d’une enfance heureuse et insouciante au milieu de frères et soeurs beaucoup plus positifs que moi, tout entière livrée à mes tendances romanesques, rêveuses et mystiques dont personne ne s’est jamais souciée. Je recréais l’univers dans mon esprit pour moi seule, je savais que le mal existait, j’en imaginais les conséquences mais il me semblait qu’il ne pourrait jamais m’atteindre. 

Les plus beaux sentiments qui vivaient réellement en moi à l’état pur :1′amour, 1′amitié, 1′amour de la France, !’amour de l’humanité me semblaient exister autour de moi sous une forme rare et absolue. Au contraire j’avais en horreur l’égoïsme et l’intérêt, la cupidité de certains. Je savais évidemment que la majorité êtres humains étaient dominés par des instincts primitifs et méprisables mais ne doutais pas que certaines âmes d’élites pussent répondre parfaitement à mon idéal. Enfin surtout je désirais passionnément aimer et être aimée dans toute l’acception profonde et complète que ces mots signifiaient pour moi. Maintenant plus que jamais je pense qu’un grand amour unique porte en lui-même sa récompense, que le dévouement absolu à un seul être (pourvu qu’il en soit digne) suffit à une pauvre  vie humaine et que c’est à la fois par le don de soi et le renoncement qu’on peut le manifester. Mais sans doute peu d’êtres sont capables de le ressentir et bien peu aussi sont dignes de 1′inspirer. J’écris ces mots sans amertume, ils renferment pourtant le secret de bien des larmes et de bien des déchirements. À l’âge où beaucoup de mes amies rêvaient de leurs toilettes, de leurs plaisirs, confectionnaient patiemment leur trousseau et souhaitaient de rencontrer avant tout un mari riche leur assurant une belle position, je me défendais de penser à l’argent pour lequel j’éprouvais une horreur instinctive. 

           Je faisais de longues promenades à bicyclette sur le bord de la Seine ou dans les forets seule ou bien accompagnée d’un frère silencieux. La nature me donnait des joies violentes et profondes, des joies animales que je retrouve encore avec plaisir quoique trop rarement. J’avais la haine de tout ce qui est faux, conventionnel et artificiel, je me moquais du qu’en dira-t-on, je connaissais alors tout le sens du mot liberté sans me douter que les années passeraient m’entourant de milles petites chaînes, de mille entraves au milieu desquelles je me débattrais avec désespoir. Je n’avais aucun souci de toilette et j’avais un grand orgueil de me promener jambes et bras nus, les cheveux dépeignés par le vent, mes robes salies et déchirées par mes longues courses au travers des taillis. Les jeunes filles tranquilles et pomponnées que ma mère me citait en exemple me semblaient futiles et vaines et je rêvais d’un compagnon aussi sauvage que moi. Je dois dire qu’en ces années-là, j’inspirais de grandes passions timides à des gamins de quinze à seize ans qui me suivaient dans les rues, devenaient cramoisis dès qu’ils m’apercevaient et passaient vingt fois par jour devant ma porte. Pour les autres jeunes gens j’étais comme je le désirais le camarade un peu garçonnier auquel ils venaient faire des confidences. En général, mes études sur les moeurs et le caractère des hommes me donnaient une grande défiance à l’égard de certaine banalité de sentiments; je voyais autour de moi peu de ménages heureux; les bonnes fortunes de quelques uns étaient la risée du pays. On savait que certaines maîtresses de maison souffraient des goûts ancillaires de leurs maris. Bien des drames cachés se jouaient derrière la façade paisible des maisons blanches et, dès ce moment, je redoutais pour moi les suites d’un mariage malheureux. Je me méfiais de l’intensité de mes sentiments, je savais que si j’aimais quelqu’un avec passion, je serais blessée à mort par ses infidélités possibles. 

Je connus vers cette époque un de mes cousins, un peu plus jeune que moi. II était merveilleusement beau, intelligent et sous des dehors légers, tendre et sensible. Bien que très jeune encore, il plaisait à toutes les femmes. Dès nos premières rencontres, il n’eut de regards que pour moi, il voulut que je sois avec lui demoiselle d’honneur au mariage de sa soeur, ensuite à celui d’une jeune tante. J’éprouvais un grand plaisir à être près de lui, nous avions bien des idées et des sentiments communs, nous pouvions nous parler des heures sans nous lasser. Un soir à la fin d’un séjour qu’il fit chez mes parents, il me dit gravement :  » Andrée je vais faire mon service militaire. Si tu veux m’attendre deux ans nous nous marierons. Soyons fiancés tout de suite ». 

Mais je lui dis que c’était impossible, qu’il était trop jeune ; j’avais deux ans de plus que lui, c’était énorme et d’ailleurs il était trop bien, trop beau et me rendrait probablement malheureuse. Le pauvre Roger protestait de sa sincérité; il possédait une grande franchise, mais je pensais sévèrement que le temps et les tentations seraient de trop pénibles épreuves pour lui et je me défendis de toutes mes forces contre un sentiment partagé qui ne me semblait pas être durable. J’ai peut-être eu tort; la vie lui fut très dure en dépit des dons des plus séduisants qui lui furent prodigués; il fut atteint dans les années suivantes d’une longue et cruelle maladie dont il devait mourir à trente ans. Pour lui plus encore que pour tout autre une tendresse fidèle et dévouée fut nécessaire et lui fut plus tard un présent de son amer destin.  J’imagine qu’à cette époque même je devais avoir le pressentiment des horribles souffrances que le doute et la jalousie devaient me faire subir. Seulement j’avais une grande confiance en mon jugement, je pensais à force de pénétration échapper à toutes les ruses et à toutes les embûches. Je m’abandonnais en l’avenir avec un optimisme prodigieux et je ne doutais pas de rencontrer un jour la forme même de bonheur dont je rêvais. Il me semblait d’ailleurs que mon désir de trouver l’amour sincère et fidèle d’un être loyal était en somme bien modeste. La pauvreté, la misère des difficultés matérielles ne m’auraient pas effrayée et de toutes les richesses du monde, je ne souhaitais rien que le coeur d’un inconnu. 

 

Publié dans:Petites amourettes |on 27 février, 1938 |1 Commentaire »

Le 27 mars 1919

Je reprends encore mon journal, profitant d’une journée, trop courte, passée à la maison.

Rien n’est changé depuis le 5, si ce n’est que j’ai seize ans depuis 3 jours, et que j’ai 22 jours de moins à être pensionnaire.

J’en ai par-dessus la tête de la pension en général et du collège en particulier. A part cela, il faut que j’y demeure encore pendant deux mois et demi (sans compter ce qui reste encore jusqu’à Pâques). Quel malheur !

Un faible éclair de joie à travers les ténèbres de ma captivité est le départ de Mlle Ravent, l’abhorrée surveillante d’internat. Cela, c’est une vraie chance, la seule, hélas ! que j’aie.

En pension, je tache de travailler et certainement je travaille bien pour certaines choses. Je dois avouer que j’ai passablement négligé les sciences, parce que c’était Mlle Ravent qui nous les faisait (Physique et Chimie). Je continue à faire des vers de temps en temps ; je fais des études de mœurs et de caractères (fort peu réjouissantes) et je m’ennuie affreusement.

Publié dans:A  l'école |on 14 juillet, 1919 |Pas de commentaires »

1919 : Petite crise d’adolescence

A ce propos, je me demande si j’ai un tempérament si farouche que je ne puisse m’acclimater nulle part ? Quand ma tante Léa était ici, bien souvent, devant l’encombrement éternel de la maison, je soupirais après le moment où elle nous quitterait. Maintenant, dans la maison vide où Maman crie est gronde toujours, où l’on n’a pas un coin tranquille et confortable, où, pas plus qu’en pension, on ne peut rien faire à son goût, où surtout (et je ne sais pourquoi) on ne sent plus le « home », je suis désillusionnée. Ce n’était certainement pas ainsi que je me représentais la maison vide de ses hôtes. Bonne Maman travaille seule dans la cuisine ; Maman la fuit systématiquement (elle aime la « solitude » !) et occupe l’ex chambre de ma tante Louise ; Papa est dans son bureau ou dehors. Quant aux enfants, ils sont n’importe où, mais ils sont punis quand ils font des sottises, se salissent, ne travaillent pas, etc.

Et, qu’y faire, mon Dieu ? J’aimerais tant, cependant, être à la place de Maman, avoir des enfants à diriger, à amuser et à distraire ; travailler avec Bonne Maman, chercher à rendre ma maison animée et élégante.

Quant à cela, ah ! bien ! oui !… je comprends en vérité que Papa fuie la maison tous les soirs pour aller au bridge – en dehors de l’intérêt du jeu qu’il adore, et qui l’invite à sortir, quel plaisir pourrait le retenir à la maison ? En vérité, j’ai envie de… je ne sais quoi, quand, au collège, les autres parlent de leurs soirées en famille. Nos soirées à nous sont belles : on fait la vaisselle (très prosaïque !) puis on se couche. Je pense bien que Maman est fatiguée, le soir, mais enfin on pourrait cependant faire autre chose que la vaisselle et le coucher.

Publié dans:A  l'école |on 14 juillet, 1919 |Pas de commentaires »

Au collège d’Evreux – Vendredi 11 octobre 1918

Péripéties extraordinaires au collège !

 

Depuis quelques temps déjà, la grippe se propageait à Evreux avec une abondance et une gravité inusitée dans les cas signalés.  Les soldats furent les premiers atteints, puis les civils. Les élèves de l’Ecole Normale l’attrapèrent et, après plusieurs décès, en des endroits différents, on commença à s’inquiéter. Deux jours après la rentrée, l’Ecole Normale des Filles était licenciée et maintenant c’est à notre tour ! Pendant huit jours, nous n’avons eu aucune maladie ; puis, l’une après l’autre, 3 maîtresses ont été plus ou moins souffrantes et, enfin, mercredi soir, plusieurs pensionnaires ont été atteinte de mal de tête. Madame la Directrice s’est affolée, a prévenu les parents de suite. Hier, 40 pensionnaires sur 65 sont parties. Exactement 38 ! 15 autres étaient plus ou moins souffrantes, mais plutôt enrhumées, et les 12 autres se sont ennuyées à mourir. (…

…) Cet après-midi, ma tante Louise n’a pas voulu que je retourne au collège où, d’ailleurs, il n’y avait que le cours de dessin. Mme Valette, la concierge, lui a dit que le docteur était venu et avait annoncé que demain à midi on licencierait sans doute le collège, le lycée de garçons et toutes les écoles.

Nous irons donc en classe demain matin et nous partirons à 3h pour Louviers. Les douze dernières internes sont parties chez elles cet après-midi, si bien qu’il ne reste plus que les quinze malades à l’infirmerie. Elles ne sont pas, paraît-il, très gravement atteintes, elles ont plutôt de gros rhumes, mais cette épidémie de grippe étant assez grave et certains cas ayant même été mortels, on ne saurait prendre trop de précautions dès le début de l’indisposition. De plus, il est compréhensible que Mme Perrin, ayant la responsabilité de 65 jeunes filles, ait préféré renvoyer les valides, plutôt que de les exposer à être toutes malades.

Pour nous, cela nous fait un petit congé

Publié dans:A  l'école |on 29 décembre, 1918 |Pas de commentaires »

13 novembre 1918

Eh ! bien, cette fois-ci, c’est fait, c’est signé !

Le 11 novembre, lundi dernier, à 5 heures du matin, les délégués allemands ont apposé leur signature à l’écrit des conditions d’armistice que leur présentait Foch.

11 novembre 1918 ! Date à jamais célèbre dans l’Histoire qui marque la fin de la plus terrible des guerres que le monde n’ait jamais vues ! Le 11 novembre  à 11 heures du matin, les derniers coups de feu étaient pour toujours échangés !

Comment dire tout ce que cette phrase renferme de sous-entendus ? Comment dépeindre surtout la joie débordante qui partout a accueilli cette nouvelle !

L’armistice est signé.

L’armistice est signé ! Nous sommes vainqueur ! On ne se bat plus !

(…)

Alors, cela était donc possible ? On ne se battrait plus, on ne se tuerait plus, on ne se bombarderait plus ? Tous ceux qui avaient jusqu’ici échappé à l’hécatombe sanglante pouvaient se considérer comme sauvés ? On avait fini de trembler pour eux à tous les instants ?

(…)

L’armistice ! Et l’on s’embrasse, on rit et l’on pleure ! On danse, on chante la Marseillaise, la Brabançonne, God save the King, La Bannière étoilée et les autres chants victorieux, toujours vrais, toujours plus beaux en ce jour de victoire, qu’en n’importe quel autre jour de fête !

Oui, le jour de gloire est arrivé !

Oui, les Belges par leur courage ont reconquis leur Roi, leurs droits et leur liberté !

Yes, God save the King and he make him victorious!

Oui, la Bannière aux étoiles est toujours victorieuse !

(…)

Oui ! Les Boches peuvent se vanter d’être battus à plate couture, et il faut qu’ils le soient pour avoir accepté des conditions d’armistice aussi dures que celles que nous leur avons imposées.

Vive la France et vivent les Alliés !

Vive Foch, et vive Clémenceau, et Hurrah for Wilson ! Quand aux Allemands ils ont l’air plutôt en fâcheuse posture. Guillaume a démissionné, l’Allemagne devient une sorte de république assez vague encore qui nous prie piteusement de la ravitailler et de hâter la conclusion de la paix.

 

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 20 décembre, 1918 |Pas de commentaires »

Novembre 1918 : les Allemands font leurs bagages

Je serais curieuse de voir la tête des Boches en ce moment. A vrai dire, j’ai pu me payer un peu ce régal hier, car des prisonniers étaient occupés à décharger du bois chez la boulangère, pendant que, précisément, chacun dans la rue des quatre moulins commentait le bruit du jour. L’un des deux riait, mais l’autre avait un air sombre. Tout d’un coup, passe un bonhomme qui crie aux Boches :

- Kapout, Allemands ! Kaiser, kapout ! Allemagne finished ! Plus d’Allemands ! Français victorieux ! Allemagne foutue, guerre finie !

Et l’homme sombre a crié le mot de Cambronne en menaçant le passant de lui lancer son bois à la tête. Mais il n’a pas osé le faire, et a été obligé de rentrer sa colère…  Et, un instant plus tard, il a dit à son camarade en français :

- La guerre finie, que fais-tu ?

L’autre a répondu :

- Moi, je cours voir mon épouse

Et l’homme sombre a ajouté :

- Eh ! bien ! non ! Je resterai ici, toujours, tant pis, je ne pourrai pas retourner en Allemagne. Ah ! bien ! Ah ! bien ! Ah ! bien !

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 18 décembre, 1918 |Pas de commentaires »

Novembre 1918 : Vive Clémenceau et le Général Foch !

Texte de la loi votée hier au Sénat

 

Article I :

Les armées et leurs chefs

Le gouvernement de la République

Le Citoyen Georges Clémenceau, président du Conseil et ministre de la guerre

Le maréchal Foch, généralissime des armées alliées

Ont bien mérité de la patrie

 

Article II

Le texte de la présente loi sera gravé pour demeurer permanent dans toutes les mairies et dans toutes les écoles de la République.

 

Et, de fait, je ne sais pas où nous serions aujourd’hui si nous n’avions pas eu Clémenceau pour diriger le gouvernement, lui rendre un peu d’ardeur et d’énergie, et si nous n’avions pas eu un commandant unique des armées dans les mains de Foch.

Ces deux-là ont sauvé la France.

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 17 décembre, 1918 |Pas de commentaires »

Octobre 1918 : l’Allemagne demande la paix !

Autres nouvelles, plus graves et plus sensationnelles que j’aurais dû inscrire en tête de mon journal d’aujourd’hui sans les incidents qui sont les faits du jour : l’Allemagne demande la paix.

Il ne faut pas prendre cette nouvelle pour plus importante qu’elle ne l’est avec un adversaire comme le nôtre : cette demande a été faite avec un zeste de condescendance, sous les apparences d’une offre. Mais ce n’est pas une offre, quand même, c’est bien une demande ; l’Allemagne se sent vaincue ; peut-être n’a-t-elle pas le courage d’une nouvelle campagne d’hiver ; peut-être juge-t-elle que de toutes façons, c’est à elle de faire les premiers pas et que le plus tôt sera le mieux. Mais elle n’est pas encore tout à fait abattue et, même, à supposer que la paix ne lui soit pas accordée, elle résisterait encore pendant assez longtemps peut-être, avec toute l’énergie du désespoir et nous aurions encore à subir leurs durs assauts.

Mais il n’en reste pas moins vrai que nos ennemis sont maintenant en notre puissance et qu’un jour ou l’autre il leur faudra bien se soumettre à nos volontés.

A la note de l’Allemagne adressée samedi dernier au président Wilson, « l’apôtre du droit », le président qui, décidément est un chic type, a répondu par une autre note en disant qu’il accorderait à l’Allemagne la paix selon  les prescriptions déjà dictées par lui, et une armistice générale (que l’Allemagne réclame également) permettant de commencer les discussions de paix, mais ceci moyennant l’évacuation des territoires envahis.

Nous attendons à présent la réponse de l’Allemagne. En attendant d’évacuer volontairement, l’armée du Kaiser est repoussée pas à pas des territoires occupés par les troupes françaises, anglaises, belges et américaines. Chaque jour, presque, enregistre de nouvelles victoires : Cambrai, St Quentin sont entre nos mains.

Mais quand on voit l’état dans lequel l’ennemi dans sa rage a mis toutes ces belles cités, on se demande ce qui restera après la guerre de tout ce pays, de ces villes prospères, de cette campagne riche. Ils paieront, ils rembourseront, a-t-on dit. Mais il y a des choses qui ne se paient pas ; il y a des choses que tout l’or du monde ne saurait rendre ni même remplacer.

Et, quand même cela pourrait être, il y aura toujours la douleur des mères sans enfants, des épouses sans maris, des fiancées veuves au voile blanc, des enfants sans père… il y aura toujours pour la France meurtrie la perte de plusieurs millions de jeunes hommes valeureux, fauchés dans l’âge le plus brillant, qui étaient destinés à former l’élite de la race française.

Par quoi, par qui, celui qui a voulu ces choses pourra-t-il nous rendre cela ?

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 15 décembre, 1918 |Pas de commentaires »

Vendredi 18 octobre 1918 : Douai est libéré !

Douai est pris ! Douai est pris ! Douai est pris !

Depuis quatre ans passés que nous attendions cette nouvelle ! Depuis quatre ans que, pour la première fois, les Allemands sont entrés dans notre ville, voici enfin la délivrance arrivée !

C’est hier, jeudi 17 Octobre 1918, date à jamais mémorable dans l’histoire pour beaucoup de raisons, que les Douaisiens fidèles à leur ville (nous voulons croire qu’il en est de restés chez eux jusqu’au bout ! malgré tout !) que les Douaisiens fidèles à leur ville, dis-je, ont vu planer de nouveau le drapeau français sur leur beffroi.

Nous avons appris cette nouvelle hier au soir : on avait téléphoné de Paris à Mr Toulemonde pour lui annoncer la victoire alliée qui libère du même coup : Lille, Douai, Ostende, sans compter beaucoup d’autres villages, qui met les anglais aux portes de Roubaix, Tourcoing, sur la route de Bruges, et qui les mène rapidement sur le chemin de la victoire totale et… finale.

J’ai été aussitôt à l’usine Toulemonde pour savoir si cette nouvelle, qui avait circulé dans la ville, était exacte, et on m’a confirmé que Mr Toulemonde l’avait reçue de Paris, où elle était arrivée à 3h. Ce matin, les journaux nous ont donné de plus amples détails, sur quoi, joie extraordinaire !

Nous avons mis le drapeau au balcon en signe de victoire, nous avons cherché des fleurs au jardin pour décorer la maison en signe de réjouissance, nous avons bu une bouteille de champagne au déjeuner, bouteille précieusement conservée depuis longtemps en prévision de la victoire d’aujourd’hui et, enfin, nous avons joué au piano et chanté toute la matinée la « Mardeillaise », Germaine, Marguerite et moi, en L’honneur de Lille et de Douai !

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 14 décembre, 1918 |Pas de commentaires »

Dimanche 27 Octobre 1918 : Ah ! les garçons !

Il est indispensable de noter tout ce qu’il m’arrive, et je suis donc bien forcée de reparler ici des histoires de Georges Muller, quoique je me sois bien promis en moi-même de ne plus en dire un mot sur ce cahier-ci.

Je pensais que cela n’en vaudrait plus la peine, mais je suis bien obligée, naturellement de raconter les incidents qui se produisent à ce sujet.

Eh ! bien, il y a eu exactement mardi huit jours (cela est à la fois éloignés et récent). Je ne sais plus sous quel prétexte, au sujet d’Annette, ce garçon m’a abordée. Il était à peu près 6h moins ¼ du soir et je passais rue Tarabit, revenant précisément de chez Annette. Je ne me rappelle plus exactement tout ce qu’il m’a dit, car il n’a pas voulu s’arrêter en si beau chemin et, pendant qu’il était avec moi, il a absolument voulu me suivre jusqu’à la maison. Naturellement, il ne s’est pas borné à me parler d’Annette qui ne servait ici que de prétexte. Il m’a aussi dit quelques mots sur Anne-Marie ; il m’a annoncé qu’il venait d’être ajourné au conseil de révision, que cela l’ennuyait car il aurait voulu aller à la guerre et d’autres choses encore.

Le lendemain, j’ai eu l’imprudence de sortir vers quatre heures, ce qui m’a fait rentrer vers quatre heures et demie. Nouvelle rencontre. Mais ce jour-là, il n’a pu me rattraper que rue trinité et il n’a pu me dire, en deux mots, juste avant d’atteindre la maison, qu’il aurait bien voulu me voir plus longtemps et qu’il s’ennuyait beaucoup de l’absence d’Annette.

Enfin, le jeudi suivant, en revenant de chez Suzanne Levy, même comédie ou à peu près, cette fois à 6h ½  et rue des quatre moulins (Dans la rue où habite les Dupuis) Seulement, la rencontre inopinée d’un de ses amis l’a heureusement empêché de venir me reconduire jusqu’à la maison.

Voilà les trois circonstances dans lesquelles Muller m’a adressé la parole et dans lesquelles j’ai eu le tort de lui répondre, ce qui l’a encouragé à me demander ainsi qu’il l’a fait, de revenir le trouver les autres jours. Je lui ai dit que je ne pouvais pas sortir le soir et que, d’ailleurs, il avait Annette à sa disposition pour cela.

Quoiqu’il en soit, j’ai rencontré, étant avec lui, le mardi, une petite couturière qui habite rue de l’ile ; le mercredi, le femme de chambre de chez Thorel ; le jeudi, des personnes que je n’ai pas reconnues mais que je ne connais pas. Peut-être ont-elles dit qu’elles m’avaient vue causant avec Muller, peut-être l’a-t-on su autrement, en tout cas, on l’a raconté à Mme Gellé qui a dit à Maman que j’avais des rendez-vous avec Muller et que je me promenais avec lui le soir.

Eh ! bien ! il y a du vrai là-dedans, puisque je lui ai parlé trois fois. Je dois dire que je n’ai rien fait pour l’empêcher de m’accompagner, que je lui ai même répondu, et même avec amabilité. J’aurais mieux fait de lui dire de me laisser tranquille et, certainement, il serait parti sans en demander plus, car il n’a pas réclamé lorsque j’ai refusé de rester plus longtemps avec lui. Si je ne lui ai pas dit de s’en aller, c’est que sa compagnie me plaisait et je suis forcée de reconnaître que j’ai fait un peu exprès, le lendemain, de sortir à une heure où je pensais bien le rencontrer. Le hasard m’a aidée, mais j’ai aussi aidé le hasard.

Dans tout cela, j’aurais beaucoup mieux fait de me tenir tranquille et de prier  Muller de faire de même. J’ai eu tort de m’amuser de lui et de le lui montrer, mais enfin, maintenant que c’est fait, je ne peux que regretter cela et ne plus voir ni Germaine, ni Annette, ni Suzanne ni Anne-Marie, puisque, à vrai dire, quand je suis avec elles, nous ne parlons que de Muller ou de Charles Villecoq, ou de toutes ces histoires-là.

Quant au reste, je ne peux pas empêcher les gens de Louviers de parler de moi et de broder sur la vérité ; car il y a de l’exagération et des erreurs dans ce que madame Gellé a dit à Maman , exagération en ce que je n’ai jamais eu, à proprement parler, de rendez-vous avec Muller, erreur en ce que je n’ai jamais parlé avec Muller sur le Champ de Mars. Cela aurait pu avoir lieu, mais l’occasion ne s’est pas présentée.

Voilà pour le passé : j’ai parlé à Georges Muller, je lui ai même parlé trois fois. Si c’est un crime impardonnable, je l’ai commis, il n’y a rien à redire là-dessus, je ne peux pas le nier, ni même l’oublier. Ce qui est fait est fait.

Pour l’avenir, eh ! bien ! je ne sortirai plus le soir, si ce n’est accompagné, et je ne verrai plus, ou presque plus Annette et Suzanne que je rencontrais le plus souvent et avec lesquelles je parlais surtout de tout cela.

Publié dans:Petites amourettes |on 10 décembre, 1918 |Pas de commentaires »

Octobre 1918 : Douai est libéré ; pauvres Lovériens

Victoire ! Victoire ! Victoire ! (Douai est libéré)

Voici ce que nous voudrions pouvoir crier sur les toits ! ce qui est exaspérant, c’est de voir tous ces braves Lovériens avec une physionomie d’indifférence tranquille qu’ils ont toujours eue depuis le commencement de la guerre, à part aux deux époques périlleuses de la guerre où ils ont pu croire leur bonne ville menacée par l’avance allemande et au moment où les Gothas[1] les ont fait craindre pour leur peau. Dans ces diverses circonstances, l’expression impénétrable et placide de leurs faces normandes s’est changée en un air d’effroi et de stupeur non dissimulés, mais ils ne trouvent pas le moyen de se réjouir de ces grandes victoires qui pourtant devraient bien les toucher un peu. Ils n’ont même pas pavoisé, si ce n’est de place en place. Enfin, ce sont des Normands et ils ne peuvent pas changer. Espérons seulement que nous les quitterons bientôt pour toujours ! Et puis, après tout, nous n’avons pas besoin qu’ils trouvent le même bonheur que nous aux joies qui nous arrivent en ce moment, mais, cependant, cela devrait les réjouir aussi.

 


 

[1] Les Gotha G étaient une famille de bombardiers biplans allemands durant la Première Guerre mondiale

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 10 décembre, 1918 |Pas de commentaires »

19 octobre 1918

Ce matin, nous avons appris par les journaux la nouvelle de la prise de Roubaix, Tourcoing, Bruges et Wassigny, nouvelle arrivée d’ailleurs hier au soir chez Mr Toulemonde. Nous marchons de victoire en victoire et il paraît que Lille, Roubaix et Tourcoing sont intacts ou à peu près. Douai doit avoir souffert davantage, mais, puisque les Anglais ont mis le drapeau tricolore sur le beffroi, c’est que le beffroi existe encore.

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 9 décembre, 1918 |Pas de commentaires »

10 mai 1917

Si tout cela continue, il ne nous reste plus qu’à mourir de faim avec bravoure et gaieté ! On déclare partout que la récolte en blé ne sera pas fameuse, toutes les terres ayant été gelées par le froid. Nous qui avions tant besoin d’une bonne récolte pour nous remettre un peu ! On prend de tous côtés des mesures pour prévenir une pénurie de farine : plus de pâtisserie du tout ! jusqu’à la fin de la guerre. Les pâtissiers ne doivent vendre ni gâteaux frais, ni gâteaux secs. S’ils veulent, ils peuvent laisser ouverte leur boutique (excepté les mardis et mercredi) et vendre des gâteaux sans farine ! Mais je crois qu’ici, ils vont fermer. Et puis, on a droit à 125g de farine par jour et par famille pour la cuisine. Les boulangers doivent faire une liste de leurs clients avec le nombre de personnes chez chacun. On leur donnera d’après cette liste quantité déterminée de farine pour leur pain. Cela n’est pas encore grand’ chose après tout. Je pense même qu’il y a longtemps qu’on aurait dû supprimer les gâteaux. On ne serait peut-être pas obligé aujourd’hui de limiter le pain. Ce qui est consolant c’est que les Boches en ont encore moins que nous et qu’ils n’ont pas l’espoir que l’Amérique leur en donne. Et quand même ! Nos soldats luttent bravement pour empêcher les Boches de venir jusqu’à nous. C’est à nous de montrer que nous sommes dignes d’eux ; nous tiendrons jusqu’au bout et malgré tout et nous ne nous reposerons que lorsqu’ils auront écrasés nos ennemis !!!

Il y a eu encore une offensive anglo-française la semaine dernière. De notre côté, il y a eu environ 5000 prisonniers. Craonne (point très important) est pris et nous sommes sur le plateau du chemin des Dames. Les Boches font beaucoup de contre-attaques, ce qui prouve combien ils tenaient à ces positions. Je crois que nous comme nos alliés avons le plus vif désir d’en finir et que nous chasserons bientôt l’envahisseur du sol de France. Nos attaques sont trop rapprochées pour qu’il n’en soit pas ainsi.

La « petite Poste » ne marche plus, car les insertions dans les journaux sont interdites, par crainte des espions. Cela fait que la mienne ne paraîtra pas et que je désespère pour ma correspondante anglaise. I will never write in England.

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 24 décembre, 1917 |Pas de commentaires »

Avril 1917

Il est arrivé hier 400 évacués des pays repris du côté de Saint-Quentin. Les pauvres gens n’ont plus rien. Leur maison ont été brûlées par les Boches et ils sont tous habillés de haillons. On les a installés provisoirement à l’Emaillerie où les infirmières les ont soignés. Ils étaient fatigués et affamés que ça faisait pitié. Il y en a des quantités qui sont venus acheter du pain et du chocolat chez la boulangère, si bien qu’au soir elle n’avait plus rien. Beaucoup sont venus au bureau de Papa pour changer des billets de leur village et des bons de réquisition.

Depuis quelques jours, il fait un temps épouvantable. Aujourd’hui, il neige à gros flocons. Les rues sont de véritables lacs et c’est très désagréable quand on sort.

Hier soir, nous avons appris par les journaux que l’Amérique était décidément en guerre contre l’Allemagne. Après presque deux mois de pourparlers, ce n’est pas malheureux ! Ils nous aideront sans doute beaucoup en nous donnant des munitions qu’ils nous faisaient payer très cher. Puis ils nous enverront de l’argent et des soldats. En tous cas, les Boches seront très démoralisés en apprenant cela.

Nous avançons toujours, très lentement, et nous nous battons devant St Quentin qui sera peut-être pris un de ces jours. Les Anglais eux aussi avancent bien, mais on dit qu’ils n’ont pas encore atteint la position Hindenburg[1].

Ce matin, nous sommes allés à l’Emaillerie voir les évacués. Nous leur avons donné toutes nos affaires de poupée qui peuvent aller à des petits enfants et de vieux habits à nous. Il y en a qui sont bien misérables et ils racontent des histoires très tristes : un officier Boche a mis une femme devant lui pour se garantir des balles françaises. La femme a été mortellement blessée et elle avait deux enfants ! La mère de cette malheureuse s’est jetée dans un puits en voyant sa fille tomber. C’est épouvantable !!!!

Nous avons six poussins depuis ce matin. Deux sont nés hier et quatre cette nuit. Je ne les ai pas encore vus.

 

 


 

[1] Ouvrage de tranchées fortifiées, de près de 160 kms de long, qui, pour le Haut Commandement Allemand, doit être un front inviolable

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 23 décembre, 1917 |2 Commentaires »

15 avril 1917: Offensive anglaise

Il y a quelques jours, nous avons appris une grande nouvelle : l’offensive anglaise a commencé du côté de Lens ; la crête de Vimy, soi-disant presqu’imprenable, est en partie entre nos mains. Papa dit que la libération de Douai n’était plus qu’une question de jours, mais il faut que toutes les villes du Nord soient délivrées le soir même pour que les Boches n’aient pas le temps de tout piller et de tout saccager.

Puis, les Anglais ont pris plusieurs petits villages, Arras est dégagé et le front en est éloigné de 8 kms. Mais toujours rien de Douai !

Et puis nous avons appris plus tard que le mauvais temps avait ralenti les opérations anglaises. On annonçait que nos alliés avaient malgré tout progressé vers Lens et, un matin, toute la crête de Vimy était à nous. 6 villages dont Bailleul étaient repris, Lens était encerclée, la bataille se livrait avec acharnement dans la plaine de Douai. Enfin nous nous reprenons à espérer que la délivrance approche. Cet assaut des Anglais était tout à fait subit et inattendu par les Boches et, depuis 5 jours, nous avons fait 13.000 prisonniers, plus de 200 canons et mitrailleuses. Tous les soirs nous allons voir le communiqué affiché à la mairie et on dit que les Anglais ont encore avancé. Le Nord sera peut-être bientôt délivré.

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 22 décembre, 1917 |Pas de commentaires »

Janv 1917 – Mme Loth, la maîtresse, enterre sa belle-mère

Toutes les élèves s’étaient réunies dans un coin du salon, en face de la famille, en attendant de partir à l’église, après avoir serré la main de madame Loth et de ses enfants. Je ne me suis pas ennuyée pendant le quart d’heure d’attente que nous avons eue, car je me suis amusée à regarder toutes les personnes, fort nombreuses, qui sont venues voir Madame Loth. Derrière moi, assises sur un canapé, il y avait madame Corneville et madame Laguette qui causaient, et dont, naturellement, j’ai entendu leur conversation :

-     Vous savez, disait madame Laguette, c’est de la faute à madame Loth si sa belle mère est morte. J’étais là et j’ai pu tout remarquer. On ne lui donnait pas assez à manger, et on la soignait fort mal.

-   Non ! Je crois plutôt qu’elle était fort malade, depuis longtemps. Ces maladies sont toutes les mêmes. On consulte une quantité de médecins, mais le résultat est toujours pareil. C’est comme mon œil…

-     Ah ! Comment va-t-il, votre œil ?

-     Oh !  Toujours pareil. Pour finir je ne suis plus les prescriptions des médecins.

-      Mais, je vous assure que si ! Madame Loth était une charge pour sa belle fille, cela n’empêche qu’elle a été fort mal traitée par elle.

-      Elle vidait ses armoires !

-     Vous croyez ?

-      Madame Loth, elle-même, me l’a dit.

Je me suis retournée à ce moment, ce qui fait que les deux dames se sont tues.

Nous avons vu défiler beaucoup de personnes, entre autres Lucette Chorel et son mari. Or Lucette avait oublié d’aller asperger le corps, et madame Chorel (mère) s’est précipitée pour la faire y retourner. Mais Lucette n’a pas voulu obéir à sa belle-mère et y aller.

Publié dans:A  l'école |on 20 décembre, 1917 |Pas de commentaires »

1917 Janvier

 Il paraît que les pâtes de brioche sont faites avec de la vaseline. Cela m’en dégoute tout à fait.

J’écris ces quelques mots à la hâte. Nous étions réunis chez Cécile Peupion il y a une demi-heure, quand Mr Peupion arrive en disant que l’on doit prendre ses précautions car il y a des zeppelins sur Evreux. Aussitôt les amies de Cécile Peupion ont fait leurs préparatifs pour rentrer chez elles et en cinq minutes, nous étions toutes parties après nous avoir dit adieu.

Les boutiques et les usines sont fermées ; la laitière et Mme Souplet nous ont donné les mêmes nouvelles que monsieur Peupion. J’ai entendu sonner le tocsin en revenant. Enfin tout est dans l’attente des zeppelins. Il faut tout de même espérer qu’ils s’en iront sans passer par ici. Les sales bêtes !!!

J’oublie de dire qu’il n’y a plus ni sel ni sucre dans les épiceries. Nous allons avoir des cartes de sucre : 750 g par mois et par personne.

Jeudi, le 18 janvier 1917

Je crois que nous avons eu beaucoup de craintes pour rien avec ces zeppelins. Il paraît que c’était une fausse alerte et que les Boches ne sont pas allés jusqu’à Evreux. Loin de là ! Cela n’empêche qu’à Paris, en organisant la défense, un aviateur s’est tué.

Louviers se tenait réellement bien sur ses gardes. Toutes les boutiques étaient fermées, l’électricité éteinte, et le gaz baissait fortement. Les usines ont été prévenues et, chez Breton, les ouvrières sont sorties au signal d’alarme. Comme elles étaient sans lumière, elles sont rentrées chez elles avec des petites bougies. On dit que plusieurs personnes sont descendues dans leur cave. Monsieur Breton y est resté de 6h à 8h ¼. À cette heure-là, le tocsin a encore sonné avertissant que tout était fini.

La crise du sucre se fait toujours sentir, mais on en a donné cet après midi, de midi à 2h et de 5 à 7. Nous y sommes allées l’une après l’autre, moi d’abord, ensuite Jeanne (la bonne) puis ma tante Louise, ma tante Léa et Maman. On nous fait entrer par une porte, suivre la queue, arriver à un comptoir où l’on nous donne un kilo de sucre. Par exemple, il faut avoir ses 33 sous de monnaie, sans quoi on vous renvoie. Enfin on sort, toujours suivant la file. Un sergent surveille l’entrée, un autre la sortie. Comme on ne prend pas les noms, nous avons pu avoir chacune 1kg, en tout 5 kg.

Le beurre fait tout à fait défaut. Il est taxé 2Fr50, mais les paysans ne veulent pas le vendre à ce prix. Ils le vendent 3Fr40. De là, disputes entre les acheteurs et les vendeurs. Il y en a qui se sont battus au marché.

 

 

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 20 décembre, 1917 |Pas de commentaires »

Avril 1917

Le communiqué britannique de ce matin annonce la prise de Liévin et de la cité Saint-Pierre, faubourg de Lens. Cette ville tombera sans doute bientôt et le reste aussi. Quel bonheur !

Mon oncle Henry est arrivé ici ce matin en permission pour sept jours. Il dit que l’offensive de son côté va commencer ce soir. Tant mieux ! Parce qu’ainsi on va serrer les Boches de tous les côtés à la fois.

En attendant, il est temps que la guerre finisse. Voilà que nous avons deux jours sans viande, le jeudi et le vendredi. Et puis aussi la pâtisserie fraîche va être interdite, mais cela m’est assez égal. Après tout, je veux bien faire des « sacrifices » pendant la guerre (nous sommes encore des privilégiés auprès de ceux de la guerre de 1870) mais à condition que ce soit utile à la défense nationale.

 

 

 

 

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 20 décembre, 1917 |Pas de commentaires »

Janvier 1917 : les notes à l’école

Nous avons les résultats du concours du brevet. J’ai eu en dictée 9/20, et en questions 15/20, en composition française 24/40, en calcul 22/40, en écriture 12/20, en dessin 13/20, et en couture 4/10. Cela m’a fait en tout, avec les quatre premières compositions, 80 points.

Je tutoie Edith Jacob (petite camarade de classe) depuis vendredi dernier. Nous avons du mal à nous y habituer car nous nous sommes « vouvoyées » pendant longtemps. Edith est d’ailleurs très gentille, je ne sais pas pourquoi nous n’avons pas fait connaissance plus tôt.

Publié dans:A  l'école |on 19 décembre, 1917 |Pas de commentaires »

Janvier 1917 : le froid

Il paraît qu’à Paris les gens sont très malheureux, sans charbon du tout, avec le froid qu’il fait depuis quelques jours. Il y a de véritables batailles chez les marchands de combustibles et, à la pension de Paulette, il n’y a pas de feu pendant les classes. Dans le dortoir on a trouvé un soulier d’enfant rempli de glace !

En effet, depuis lundi, il fait extraordinairement froid. Lundi, au matin, il faisait 8° au-dessous de zéro, et, mercredi, moins 11°. Aussi, il est très ennuyeux de se lever à 7h pour aller à la leçon de Mr Lannes.  Ici, il n’y a plus de charbon, rien que du poussier, et guère moyen de se procurer autre chose. Aussi, depuis qu’il fait si froid, allumons-nous le feu du vestibule, mais au bois et se seulement le soir pour la nuit. J’ai des engelures aux mains et aux pieds, et c’est fort désagréable. Raymonde Cottard en avait 14, mais elle a acheté une pommade chez un pharmacien et, au bout de huit jours, elle n’avait plus rien. Je vais acheter aussi de cette pommade. Toutes les élèves de Mme Loth en ont acheté aussi. Aussi Mr Lamoureux pourra faire fortune avec sa pommade.

Publié dans:La guerre 1914 1918 |on 18 décembre, 1917 |Pas de commentaires »
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