Avril 1917

Il est arrivé hier 400 évacués des pays repris du côté de Saint-Quentin. Les pauvres gens n’ont plus rien. Leur maison ont été brûlées par les Boches et ils sont tous habillés de haillons. On les a installés provisoirement à l’Emaillerie où les infirmières les ont soignés. Ils étaient fatigués et affamés que ça faisait pitié. Il y en a des quantités qui sont venus acheter du pain et du chocolat chez la boulangère, si bien qu’au soir elle n’avait plus rien. Beaucoup sont venus au bureau de Papa pour changer des billets de leur village et des bons de réquisition.

Depuis quelques jours, il fait un temps épouvantable. Aujourd’hui, il neige à gros flocons. Les rues sont de véritables lacs et c’est très désagréable quand on sort.

Hier soir, nous avons appris par les journaux que l’Amérique était décidément en guerre contre l’Allemagne. Après presque deux mois de pourparlers, ce n’est pas malheureux ! Ils nous aideront sans doute beaucoup en nous donnant des munitions qu’ils nous faisaient payer très cher. Puis ils nous enverront de l’argent et des soldats. En tous cas, les Boches seront très démoralisés en apprenant cela.

Nous avançons toujours, très lentement, et nous nous battons devant St Quentin qui sera peut-être pris un de ces jours. Les Anglais eux aussi avancent bien, mais on dit qu’ils n’ont pas encore atteint la position Hindenburg[1].

Ce matin, nous sommes allés à l’Emaillerie voir les évacués. Nous leur avons donné toutes nos affaires de poupée qui peuvent aller à des petits enfants et de vieux habits à nous. Il y en a qui sont bien misérables et ils racontent des histoires très tristes : un officier Boche a mis une femme devant lui pour se garantir des balles françaises. La femme a été mortellement blessée et elle avait deux enfants ! La mère de cette malheureuse s’est jetée dans un puits en voyant sa fille tomber. C’est épouvantable !!!!

Nous avons six poussins depuis ce matin. Deux sont nés hier et quatre cette nuit. Je ne les ai pas encore vus.

 

 


 

[1] Ouvrage de tranchées fortifiées, de près de 160 kms de long, qui, pour le Haut Commandement Allemand, doit être un front inviolable

Publié dans : La guerre 1914 1918 |le 23 décembre, 1917 |2 Commentaires »

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2 Commentaires Commenter.

  1. le 22 janvier, 2010 à 20:38 lilia écrit:

    je voudrai savoir si ces articles sont des articles de journaux de l’époque et si oui lesquels merci d’avance

  2. le 22 janvier, 2010 à 20:55 richardtroubat écrit:

    Merci de vous êtes intéressé à ce blog.
    Ces articles sont, en réalité, repris d’un journal intime écrit par une petite fille qui a vécu à cette époque.
    Elle habitait Louviers en Normandie pendant la Grande Guerre, là où son père, fonctionnaire, était en poste. Elle racontait au jour le jour ce qu’elle vivait et ce qu’elle voyait. Dans tout cela il y a naturellement son témoignage (comme il y en eut beaucoup ) sur ces événements qu’elle voyait, somme toute, d’assez loin, puisque Louviers n’a jamais été le théâtre d’opérations militaires.

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