1917 Janvier

 Il paraît que les pâtes de brioche sont faites avec de la vaseline. Cela m’en dégoute tout à fait.

J’écris ces quelques mots à la hâte. Nous étions réunis chez Cécile Peupion il y a une demi-heure, quand Mr Peupion arrive en disant que l’on doit prendre ses précautions car il y a des zeppelins sur Evreux. Aussitôt les amies de Cécile Peupion ont fait leurs préparatifs pour rentrer chez elles et en cinq minutes, nous étions toutes parties après nous avoir dit adieu.

Les boutiques et les usines sont fermées ; la laitière et Mme Souplet nous ont donné les mêmes nouvelles que monsieur Peupion. J’ai entendu sonner le tocsin en revenant. Enfin tout est dans l’attente des zeppelins. Il faut tout de même espérer qu’ils s’en iront sans passer par ici. Les sales bêtes !!!

J’oublie de dire qu’il n’y a plus ni sel ni sucre dans les épiceries. Nous allons avoir des cartes de sucre : 750 g par mois et par personne.

Jeudi, le 18 janvier 1917

Je crois que nous avons eu beaucoup de craintes pour rien avec ces zeppelins. Il paraît que c’était une fausse alerte et que les Boches ne sont pas allés jusqu’à Evreux. Loin de là ! Cela n’empêche qu’à Paris, en organisant la défense, un aviateur s’est tué.

Louviers se tenait réellement bien sur ses gardes. Toutes les boutiques étaient fermées, l’électricité éteinte, et le gaz baissait fortement. Les usines ont été prévenues et, chez Breton, les ouvrières sont sorties au signal d’alarme. Comme elles étaient sans lumière, elles sont rentrées chez elles avec des petites bougies. On dit que plusieurs personnes sont descendues dans leur cave. Monsieur Breton y est resté de 6h à 8h ¼. À cette heure-là, le tocsin a encore sonné avertissant que tout était fini.

La crise du sucre se fait toujours sentir, mais on en a donné cet après midi, de midi à 2h et de 5 à 7. Nous y sommes allées l’une après l’autre, moi d’abord, ensuite Jeanne (la bonne) puis ma tante Louise, ma tante Léa et Maman. On nous fait entrer par une porte, suivre la queue, arriver à un comptoir où l’on nous donne un kilo de sucre. Par exemple, il faut avoir ses 33 sous de monnaie, sans quoi on vous renvoie. Enfin on sort, toujours suivant la file. Un sergent surveille l’entrée, un autre la sortie. Comme on ne prend pas les noms, nous avons pu avoir chacune 1kg, en tout 5 kg.

Le beurre fait tout à fait défaut. Il est taxé 2Fr50, mais les paysans ne veulent pas le vendre à ce prix. Ils le vendent 3Fr40. De là, disputes entre les acheteurs et les vendeurs. Il y en a qui se sont battus au marché.

 

 

Publié dans : La guerre 1914 1918 |le 20 décembre, 1917 |Pas de Commentaires »

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